Le fait que j’aime les nouveaux talents musicaux n’est plus un secret. Mais ce que vous ne savez peut être pas c’est que j’ai une passion pour les bijoux, et en particulier ceux des jeunes créateurs.
Je vous présente aujourd’hui une marque que j’affectionne particulierement : Miss Sugar Cane. J’ai été séduite par la poésie de ses bijoux, leurs intensités et diversités… J’ai rencontré la créatrice de la marque, Marine Chotard, pour en savoir un peu plus sur son univers et ses méthodes de fabrication.

>>> LES DEBUTS <<<

Comment es-tu venu à la création de bijoux ?

Petite, je bidouillais déjà des sacs, des vêtements… A la fac, j’ai commencé à faire des essais d’abord pour moi puis pour les copines. J’avais tellement la tête dans les bouquins que j’avais besoin de faire quelque chose de manuel.
Après les études, je suis entrée en stage chez la Parisette, un atelier de bijoux fantaisies qui a fermé depuis. C’est là bas que j’ai tout appris.

Tu as ensuite travaillé dans d’autres ateliers ?

Oui j’ai d’abord travaillé dans un atelier à l’ancienne et fait de la freelance, avant de rester 2 ans chez Delphine Charlotte Parmentier. Je m’occupais de la ligne fantaisie de Chanel : de la production au SAV. Rigueur et exigence étaient demandées.
Ensuite, j’ai crée mon atelier. Je crois que j’ai toujours eu cette idée dans un coin de ma tête.

D’où est venue cette envie de créer ta marque ?

J’avais envie d’être indépendante et de m’offrir le job rêvé. Je voulais accélérer le mouvement pour faire quelque chose qui me ressemble. Cela demande beaucoup d’autodiscipline mais je n’aime pas qu’on m’en impose une. C’était également un challenge pour voir ce que j’étais capable de faire.

Tu dis que tu aurais voulu être chanteuse, un peu à l’image de ton arrière grand-mère chanteuse à New York dans les années 30 ?

J’ai une grande timidité et je n’ai jamais pris de cours de chant. Mais la musique m’attire, les voix extraordinaires comme Billie Holliday, Sinatra, Al Green, Janis Joplin… J’ai toujours baigné dans une culture musicale, je faisais mes compil sur des cassettes, j’ai vu les débuts de MTV…
Petite j’adorais feuilleter le book de mon arrière grand-mère que ma mère a gardé. J’aimais sentir cette ambiance des années 30.

Pourquoi aimes-tu Marilyn ?

Le premier film que j’ai vu était « Le prince et la danseuse ». Elle m’a fasciné tout de suite : son côté rétro, doux et fragile m’a touché. Et puis à l’époque j’avais un trip Madonna, cela doit avoir un lien. Mon film préféré est « Certains l’aiment chaud » pour l’ambiance et le coté comédie musicale.

As tu une nostalgie de ces années là ?

Il y avait une élégance dans ces années là qui n’existe plus. La femme était toujours apprêtée, la mode mettait la femme en valeur. Tout était beau.
C’est vrai que je ne suis pas dans l’esthétique moderne comme les mangas par exemple.

Tes marques favorites sont Yves Saint Laurent et Jean-Paul Gauthier. On sent que tu accordes une importance à une idéologie derrière des vêtements ou des bijoux ?

Je n’aime pas le côté modeuse, tout ce qui est « It » de la saison. J’aime quelqu’un qui a une personnalité, je n’aime pas les uniformes, les vêtements de ghetto, l’uniformisation en masse. Il ne faut pas se noyer là dedans.
Yves Saint Laurent ne déguisait pas les femmes. Il avait une idée de l’élégance et de la féminité. J’aime Gauthier Haute Couture car il y a l’idée d’Yves Saint Laurent avec un coté espiègle en plus. C’est une mode qui respecte la femme.
En dehors du circuit de la mode, j’aime Alaïa. Il ne fait aucun défilé ni communication presse.
Le côté fashion de la mode ne m’intéresse pas. De la même façon, le prêt à porter ne m’attire pas, ils suivent ce que demandent les bureaux de style.
J’aime faire travailler les artisans, perpétuer un savoir faire. Le bijou permet cela. C’est plus qu’un accessoire, c’est comme un talisman porte-bonheur. Il y a un côté sentimental dans le bijou qu’il n’y a pas forcément dans le vêtement. On se le transmet de génération en génération. Cela ne s’use pas comme un vêtement, il y a un réel rapport affectif.

>>> LA MARQUE <<<

 

Il y a plusieurs facettes dans ta marque : glamour, espiègle, romantique, rêveuse… Tout le monde peut s’y retrouver…

Je suis lunatique, je change beaucoup d’humeur alors je n’ai pas toujours envie de mettre la même chose. La mode ce n’est pas fait pour s’ennuyer. Je met « Cosmos » quand je suis rêveuse, « Jaipur » quand je me sens d’humeur romantique. La femme n’est pas quelque chose de linéaire, elle évolue et a plein de facettes.

Comment fabriques-tu tes bijoux ?

Il y a plusieurs étapes :

La soudure : je fais toujours attention à ce que les bijoux soient bien faits et résistants malgré leur prix très abordable.

La dorure : pour que cela dure plus longtemps, tous les éléments sont traités pour éviter les allergies. Ce n’est pas parce que c’est de la fantaisie qu’il ne faut pas faire de la qualité. C’est la seule chose que je fais sous-traiter. Il faut des grosses cuves etc. Je choisis la couleur et la matière que je veux pour avoir le meilleur rendu.

Au niveau des matériaux :
j’utilise de la résine, c’est un mélange que je fais qui met 24h à sécher. J’utilise des pierres semi précieuses ou de verre. Je veille à ce que les pampilles soient toujours bien fermées. Je ne travaille pas l’argent massif, c’est un autre savoir faire et un autre outillage.

Les collages :
assemblages de mots et d’images, je fais parfois des dessins directement, ou des montages à l’ordinateur. Je me fais aider par une graphiste pour l’utilisation de Photoshop.

Comment l’idée d’utiliser de la résine est venue ?

Je l’ai découvert chez un créateur où je travaillais qui faisait des fleurs sous résine. C’est un procédé rapide qui permet plein de choses.
Je fais des collages depuis toujours. C’est comme des mini-tableaux. Mais je fais également des bijoux sans résines, des nouvelles formes afin de ne pas lasser.

Portes tu tes bijoux ?

Oui, je garde tous les prototypes. Cela fait un an que je porte très souvent le bracelet en laiton de « Shooting Star ».

De quoi t’inspires-tu ?

Cela vient de manière anarchique, une chanson, un mot qui me plait, un bouquin qui a une ambiance particulière, un look vu dans la rue ou une phrase rigolote entendue… Parfois en fouillant chez le fournisseur, une pièce m’inspire une collection ou en faisant des collages.

As-tu des anecdotes sur comment te sont venus certaines collections ?

«  Hello Sailors » m’a été inspiré par le tatouage de Amy Winehouse que j’aime bien. Elle a une ancre sur le ventre avec écrit «  Hello Sailor »

Pour « Jaipur », le motif vient d’une boite à couture de famille qui a appartenu à ma grand mère.

Pour le thème de Noël, « Stardust », j’avais une subite envie de paillettes. Je les ai toujours aimé, d’ailleurs, j’ai souvent porté des vêtements avec des paillettes sans me demander d’où cela pouvait venir. A la mort de Michael Jackson, en regardant les rétrospectives, je me suis aperçue qu’il avait des vestes et des gants à paillettes. Cela doit venir de là et des années disco dans lesquelles je suis née. Les paillettes ont un côté éclat et fête. Cela fait parti de moi.

Mon goût de la Dentelle vient de Madonna, cela a toujours un rapport avec la musique quand j’y pense.

Tu aimes écrire de courts textes dans tes bijoux…

Oui j’aime faire des jeux de mots, des phrases à double sens. Comme un futur thème « Queen of the beach ». C’est décalé, drôle, sexy, je fais des clins d’oeil… C’est des messages écrits petits alors c’est vraiment pour ceux qui veulent les lire. C’est pas comme un tee shirt où c’est écrit en énorme. C’est comme un petit secret.

Les textes de « Cosmos » et « Lucky star » sont des phrases que j’ai vu dans un horoscope d’un magazine féminin. Elles m’ont amusées alors je les ai relevé.

Quand j’expose mes bijoux, comme aux Galeries Lafayette, je suis toujours amusée de voir sur quoi les clients percutent, le message qui va leur parler ou les faire sourire

>>> LA GESTION DE LA MARQUE <<<

Rock Me

Comment organises-tu tes journées ?

Mon emploi du temps est aléatoire : je peux travailler un dimanche pluvieux et aller au ciné le lundi, cela n’a pas de prix. Les carcans m’angoisse, comme les horaires imposées par exemple.
Je vais beaucoup au ciné : le dernier film que j’ai aimé était « Les vies secrètes de Pipa Lee », et le prochain que j’attends avec impatience c’est celui sur Gainsbourg.

Quel est l’inconvénient ?

Travailler chez soit. Au début je pensais que j’allais être distraite en étant chez moi mais en fait c’est le contraire, quand je suis chez moi je travaille et il faut que je sorte pour décrocher.

Qui sont les autres contacts sur ton site ?

Le contact technique est la personne qui m’aide à faire le site. Et j’ai une attachée de presse pour contacter les journalistes. Je n’ai pas le temps de m’occuper de cela, je m’occupe de la production qui représente entre 300 et 500 bijoux par mois.

Tu prévois tes collections très à l’avance ?

Oui je les prévois un an à l’avance. C’est pas facile parfois car il faut se renouveler sans casser l’image. Et comme il y a des enjeux commerciaux, on ne peut pas échapper à essayer de prendre en compte la tendance.

Un mot sur la nouvelle collection
  « Rock me » est une collaboration avec Monsieur Qui. C’est un illustrateur, street artist je l’ai connu par intermédiaire d’une amie. J’aime vraiment son univers avec un côté gravure de mode sophistiqué et abimée. Je lui ai donné carte blanche, avec ce qu’il percevait comme image de la marque.

J’ai fait le thème « Beach » car j’avais besoin de vacances !

Le thème « Billie » est venu suite à une expo jazz au Quai Branly. J’avais envie de faire quelque chose avec les disques depuis longtemps, le jazz c’est bien cela a un côté classe et rétro, pas trop teenager.

>>> UN PEU PLUS… <<<

Qu’est ce que tu aimes particulièrement en regardant les gens dans la rue ?

Je regarde les attitudes, leur gouts, j’imagine leur vie. Si regarder à la terrasse d’un café était un métier je le ferai. Je regarde comment ils se mettent en valeur, les bijoux que portent les femmes. C’est une étude sociologique.
A paris c’est un véritable mélange. Ce qui me touche le plus c’est les petites vieilles qui portent du léopard : un foulard, un imper. C’est typique de la parisienne des années 50, l’éternel chic avec le détail léopard. Je fais partie d’une famille très coquette, ma grand mère aimait le sur-mesure, elle s’entourait de couturières et j’adorais trainer dans ces moments là.
J’aime la parisienne éternelle, signe de féminité, d’élegance naturelle, jamais vulgaire, mais un peu espiègle.

Si tu devais vivre ailleurs qu’à Paris ?

Il y a des villes que j’ai beaucoup aimé comme Barcelone ou Istanbul mais je ne sais pas si je pourrais y vivre. En tout cas, cela serait plus au sud. Si Paris était à Marseille cela serait le paradis !

Des endroits à Paris à nous conseiller ?

Le musée de la vie romantique, je vais y bouquiner quand il y a du soleil

J’adore les puces de Clignancourt

L’été je vais bronzer sur les toits des Galeries Lafayette, les gens n’y pensent pas assez c’est un super spot avec la vue sur Paris

Quels sont tes projets ?

J’aimerai faire des cosmétiques, travailler les packaging de maquillage, j’adore le maquillage, je passerai des heures chez Mac. Cela serait bien de mettre au point des textures, des couleurs. Et puis j’aimerai faire des vêtements d’intérieurs confortables et sexy, il y a une vraie carence de ce côté là.

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10 Commentaires

  • ca donne envie d’aller dans la boutique

  • Jolie photo avec le rideau de perles !
    Belle découverte aussi ^^

  • Je viens d’aller faire un tour sur son site et ses bijoux sont en effet supers!
    Je yrouve ça bine que grace a internet les jeunes créateurs puissent se faire connaitre plus facilement

  • Très chouette itw! Je me permets d’ajouter, en tant qu’organisatrice d’évènements de jeunes créateurs, que Marine, que je ne connais pas personnellement, est chaleureuse et généreuse et n’a pas un égo démesuré comme certaines qui feraient bien de prendre exemple sur elle! Bravo et long life to Miss Sugar Cane!

  • Belle collection !!!
    …et magnifiques photos comme d’habitudes ;-)

    Au fait pour info, le titre exact du film c’est « Les Vies privées de Pippa Lee » (The Private Lives of Pippa Lee) avec que du beau monde : Robin Wright Penn, Julianne Moore, Winona Ryder, Keanu Reeves, Monica Bellucci, Maria Bello, …

  • Contente que ca vous plaise :)

    @Amacha : j’ai vu le film en plus mais j’arrive pas à me mettre le titre en tête ;)

  • Lire le blog en entier, pretty good

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QUI JE SUIS


Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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