C’est à l’occasion de la rencontre régionale du Prix Goncourt des Lycéens 2011 se déroulant à Paris le mois dernier, que j’ai eu l’opportunité d’interviewer David Foenkinos, nominé avec son roman Les Souvenirs. Un roman qui m’a beaucoup émue. Il n’est pas facile de parler de la vieillesse de nos proches, et David Foenkinos y est très bien parvenu, en ne négligeant aucun aspect des sentiments que cela peut engendrer en nous : tristesse, culpabilité, lourdeur de certains instants, le bonheur d’autres… L’écrivain a également traité plus largement le thème des souvenirs sous toutes ces formes.

Rencontre avec cet auteur que j’aime particulièrement. Nous sommes revenus sur certains détails du roman, et également sur son expérience du tournage de La Délicatesse, actualité oblige !

Qu’est ce que le regard des lycéens sur ton travail t’apporte ?

C’est une rencontre intéressante. Ils ne savent pas qui tu es en général, ni ta maison d’édition. C’est un rapport de sensibilité sur le texte. C’est hyper agréable et sain ! Cela peut être dur parfois, mais cela change des rencontres littéraires où la moyenne d’âge est plus élevée…

p71 du livre « Je pouvais aussi prendre des notes sur ma grand mère, sur les maisons de retraite, mais j’avais peur de faire fuir les gens avec un tel sujet. Enfin j’avais surtout peur de me faire fuir moi, de ne pas supporter le quotidien des mots sur ce thème.  »
Comment es-tu arrivé à dépasser tout ça et finalement écrire ?

C’est aussi un jeu. Même si c’est un roman très grave, j’ai toujours un rapport léger à certains choses, notamment aux lecteurs. Dans cette phrase, il y a de l’amusement par rapport à la mise en abîme et c’est aussi une façon de dédramatiser la lourdeur du sujet.
C’est sans doute mon livre le plus sombre et le plus difficile. C’est un livre réaliste, ce sont des choses liées à mon vécu, même si ce n’est pas tout à fait ma vie et que c’est romancé. J’ai mis beaucoup de temps à dire quelque chose de personnel. Je ne l’avais jamais fait avant.

Dans le livre, le personnage est très angoissé…

C’est un livre sur les trois moments de basculement dans la vie :

  • Quand on a 20 à 25 ans et qu’on ne sait pas ce qu’on va devenir. Comment devenir l’adulte que l’on va être ? Tu es forcément dans l’angoisse du lendemain à ce moment là… On passe des années sans savoir.
  • Quand tu arrêtes de travailler.
  • Quand tu rentres dans la vieillesse et que tu te rends compte que tu es un problème pour tes enfants…

Tu fais aussi des petites références à tes autres livres ?

J’aime bien cela. Ce n’est pas du tout pour enfermer mes lecteurs puisque j’aime les livres qui ouvrent sur d’autres livres et d’autres univers. Mais j’aime bien les références, comme il y a toujours des polonais, mais c’est très léger.

L’âge des personnages n’est jamais dit directement. Est-ce fait pour que les gens s’identifient ? Il a pourtant plein d’indices…

Si tu fais une lecture très attentive, oui. Ce n’est pas très précis sur l’âge. Je suis toujours surpris que les gens voient vraiment une autobiographie possible. Franchement, cela ne peut pas être l’histoire de ma grand-mère, c’est très romanesque. Bien sûr, je m’amuse en permanence avec l’idée que ce soit moi : quand je dis que je rêvais de mettre des polonais dans un livre, ou que je parle de ma maladie, c’est moi. Mais je parle aussi de la canicule ,qui était en 2003, or, j’avais déjà publié à ce moment là… Certains détails peuvent faire penser que c’est moi, mais les dates montrent que ce n’est pas le cas.

Je ne peux pas me dire que les gens vont s’identifier, je n’ai pas conscience de mon lectorat. J’y pense. Je partage des choses de la vie que tout le monde peut vivre à un moment donné, mais l’ambition n’est pas là.

Quelle est donc ton ambition, alors ?

J’essaye de faire un bon roman, c’est tout. Je n’ai pas d’ambition excessive . Avec le succès de la Délicatesse, j’aurai pu faire un « Délicatesse 2″. J’essaye de rester au plus proche de ce que j’ai en moi.

Cet emploi du « je », est ce une façon de vivre plusieurs vies ?

Écrire, c’est certain ! C’est pour se fantasmer un double proche de moi ou du moins se rapprocher de choses que j’aurai aimé vivre. J’ai rêvé d’être veilleur de nuit entre 20 et 25 ans.
Avant de commencer un roman, j’hésite toujours entre l’emploi de la première et troisième personne. J’alterne souvent et je ne sais pas dans lequel je suis plus à l’aise. Là, cela s’est imposé comme cela partait de ma propre expérience avec la mort de mon grand-père.

Penses-tu que le métier d’écrivain soit un métier solitaire ? Contrairement à la musique par exemple, où il y a plus de collaboration…

Carrément ! J’adore travailler seul et être seul dans mon univers. Le cinéma, c’est super, je peux pas dire le contraire, mais j’ai tellement travaillé seul que vivre quelque chose de collectif pendant 2 ans n’a pas toujours été facile. D’ailleurs, je continue puisque je réalise le clip d’Émilie Simon. Je suis complètement fan. C’est elle qui a fait la musique de mon film, c’était inconcevable autrement. On est lié par des choses tellement étranges… Au moment où le livre est sorti, son compagnon est mort et il s’appelait François. On est dans l’étrangeté supérieure.

Tu as donc réalisé ton premier film, tu étais prof de musique et tu as déjà écrit pour le théâtre… Es-tu pluridisciplinaire ?

Le point commun c’est de raconter des histoires, et c’est ce que j’aime. Je me sens profondément écrivain avant tout. L’énergie collective, je peux le faire, je viens de le faire pendant deux ans et demi pour réaliser La Délicatesse avec mon frère. J’en suis super content. Mais j’aime être seul chez moi et écrire.

Tu ne joues plus de musique alors ?

Non, seulement pour mon fils de temps en temps. Mais attends, rien n’est définitif ! On sait jamais, je vais peut être revenir avec un groupe à 40 ans !

Aurais-tu un conseil pour ceux qui voudraient écrire ou devenir écrivain ?

Il faut écrire tous les jours, même si on ne sait pas quoi écrire. L’écriture se travaille en écrivant. Il faut aussi alterner des moments où on reste enfermé et d’autres où l’on vit.
Dans Les Souvenirs, il y a tous ces questionnements, c’est aussi l’histoire d’un apprenti écrivain. Voilà, mon conseil, c’est de lire Les Souvenirs (rire).

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2 Commentaires

  • J’ai lu « La délicatesse » il y a peu et ça m’a donné envie d’en lire d’autres, c’était joli… Pour le film, le choix de Tautou pour le rôle ne me donnait pas très envie, par contre Emilie Simon à la musique c’est un bon point ! On verra :)

    En tout cas, merci pour l’interview intéressante ! Je vais regarder de suite le clip qu’il a réalisé…

  • Intéressante interview ! Je suis toujours en pleine lecture des « Les souvenirs » ….

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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