J’ai découvert La Demoiselle Inconnue, en première partie de Lisa Portelli au Zèbre de Belleville en mai dernier. Au milieu de quelques accessoires, seule avec sa guitare, entre humour et émotion, elle chantait des mots criant de vérité. J’étais suspendue à ses lèvres, avec sourire parfois, le cœur serré le reste du temps. J’étais repartie avec un badge « Je connais la Demoiselle Inconnue » (préférant cette version à « Inconnue mon cul ! ») en me promettant d’en apprendre plus sur elle ensuite.

C’est désormais chose faite puisqu’on s’est retrouvé un bel après midi hivernal à l’Art Brut, un bistro très convivial, autour d’un bon vin chaud, le premier de l’hiver pour moi, pour parler de ses jolis projets. Entre métaphores amoureuses et digressions, on a passé un joli moment que je vous fais partager. J’espère que cela suffira à vous convaincre d’écouter La Demoiselle Inconnue, ou mieux, aller la voir ce mardi 7 février sur scène à la Dame de Canton.

Comment es-tu venue à la guitare ?

Un jour, ma mère a ramené une guitare d’une vente aux enchères. Ma grande sœur et moi avons alors pris des cours. Je trouvais que c’était des leçons de solfège trop rigoureuses. J’ai voulu arrêter quand, une autre professeur est arrivée. Elle nous a alors montré la guitare autrement, comme un instrument support pour faire des chansons. Cela m’a instantanément séduite. Je suis revenue chez moi avec deux chansons dans les poches. C’était fantastique. Le soir même, j’ai vu une copine et on s’est mis à improviser avec les trois accords que j’avais appris. On m’avait mis dans les bras un moyen de faire des chansons.

Tu as une présence scénique indéniable, tu as fait du théâtre ?

J’ai fait une prépa option théâtre. Il y avait beaucoup de théorique et de pratique. J’ai appris beaucoup de choses différentes en peu de temps. On allait voir aussi beaucoup de spectacles. Cela me nourrissait pas mal.
J’ai aussi fait une école à Bruxelles. Je savais déjà que je voulais faire de la musique, mais comme je voulais aussi monter des spectacles mélangeant la danse et le théâtre, je me suis dit que cela serait mieux pour m’aider à la mise en scène.
Sinon, je fais le clown dans ma vie de tous les jours, cela doit aussi être un apprentissage ! (rires).

Tu as pas mal d’accessoires sur scène…

Il y a pas mal de bric à brac. C’est à la fois un amour des objets et des créatures hybrides un peu bizarres. On essaye de fabriquer des choses utiles et rigolotes comme ces fesses en plastique avec un walkman à l’intérieur. On peut se poser la question : est ce une personne ou une machine à musique ? Cela me fascine…

Vous êtes plusieurs autour de ton projet ?

Maintenant, Louise m’accompagne sur scène, elle fait de la clarinette et de l’accordéon.
Pierrot est notre bidouilleur officiel, c’est lui qui fabrique les objets. On fait des ateliers bricolages ensemble, il nous dit ce qui est possible ou non.
Mathieu s’occupe des lumières.
Camille est notre pirate ! Elle est chargée de chercher les trésors. Elle m’aide à avoir l’esprit pratique pour faire le budget et trouver les concours auxquels participer.

Comment as-tu finalement décidé de te lancer dans ton projet ?

C’est comme si quelqu’un de ton entourage te plaisait, mais que tout le monde te disait que ce n’était pas une bonne idée, surtout tes parents. Tu essayes de résister mais à un moment ou un autre, tu sais que tu vas céder. Je m’exprime beaucoup par métaphore amoureuse. C’est comme cela que je comprends les choses, du coup je les explique ainsi.
Je me sens vraiment à ma place en faisant de la musique… C’était pas forcément facile de s’y plonger. Moi aussi, elles me remuent ces chansons. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts pour monter seule sur scène, il a fallu que je digère les choses.
J’étais découragée de participer à des concours et ma candidature pour Zebrock a marché ! J’ai vraiment fait confiance à cette association. Ce n’est pas seulement une formation et un tremplin, mais un véritable accompagnement.

Le Zebrock t’as permis de jouer à la fête de l’Huma. Quel souvenir en gardes-tu ?

Je trouve que ma musique va mieux à des salles plus intimes comme la Maroquinerie. C’était un défi de faire ce concert en plein air devant des gens qui ne sont pas forcément venu me voir. Je leur ai fait faire les loups garous sur une reprise de Werewolf de Cat Power, je me suis dessinée une moustache en chantant à quel point c’était formidable la moustache…
Lorsque j’ai chanté Si Demain. Le public était très calme. D’avoir ce silence en face de moi au milieu de la fête de l’Huma, c’était un super beau moment.

Tu as pas mal voyagé, c’est quelque chose qui a marqué ta personnalité ?

Je n’en parle pas encore beaucoup mais j’ai eu une expérience forte et difficile. Je suis allée par la route jusqu’en Inde et j’ai eu un accident de moto, je me suis fait rapatriée. Tout le voyage était étrange et hypnotique. Je prépare une bande dessinée inspirée de cette aventure : « Du rouge à lèvres pour les zombies ». C’est la quête identitaire d’une zombie végétarienne. Cela parle des moments où tu ne sais plus qui tu es. Il lui arrive des choses et elle ne réagit pas. C’est l’idée de quelqu’un décomposé, qui au lieu de résoudre la cause de ses problèmes, va se maquiller par dessus.

Je suis aussi en train de concevoir un spectacle : la version trash et hermaphrodite de la petite sirène. Je me suis vraiment réappropriée le conte. C’est également une recherche identitaire : est ce que tu peux changer ta nature? Qu’est ce que cela coûte de devenir une femme ? Dans la version originale, elle veut avoir un amoureux et des jambes, cela lui coûte sa voix… Je trouve cela compliqué d’être une fille, je me pose plein de questions.

Dans ta chanson Si Demain, tu dis justement : « et pour ceux qui me jugent, ils ont bien de la chance de pouvoir me juger du haut de leur bonheur (…) j’ai moi aussi jugé d’autres filles légères mais je ne savais rien des solitudes amères où l’on fait comme on peut pour un peu de douceur »

J’essaye de ramener les choses à un niveau humain et sincère, de révéler ce qui est dans la tête et dans le cœur, là où ce que tu penses est autorisé. Pourquoi ces sentiments ne se diraient-ils pas ? C’est çà qui est joli : ce qu’on ressent vraiment et non ce qui est moral ou ce qui nous arrangerait de penser ou d’être… Cela demande aucun recul et beaucoup de tendresse. Il faut oublier que cela t’est arrivé à toi où à des gens que tu connais.
Une fille qui sort avec un mec qui a déjà une copine, tu ne vas pas la juger de la même façon selon si tu es la copine ou une amie de la fille en question… et pourtant , c’est la même situation !
Les moments qui ne se font pas m’intriguent. Les moments où tu vas rester silencieux à côté de quelqu’un que tu aimes bien. Est ce qu’il va se passer quelque chose ou non ? Plein de choses ne sont pas dites. Ces moments d’entre deux sont magiques.

Il paraît que ton nom de scène vient de ta première scène à l’Olympia ? Raconte nous çà !

Je suis allée voir le concert de Devendra Banhart au festival des Inrocks à l’époque de son album « Cripple Crow ». C’est un artiste folk très créatif qui fait beaucoup de dessins et des clips rigolos. A un moment, il a proposé à quelqu’un de monter sur scène. Je n’avais pas trop écouté, mais quand le mec de devant s’est dégonflé, j’y suis allée. Devendra Banhart m’a alors tendu sa guitare. Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai joué la chanson qu’on était en train de composer avec mon amie Aude pour notre groupe Lilt. Le morceau n’était pas fini. Quand je suis arrivé au bout, le public a applaudi. J’ai remercié gracieusement. C’était super rigolo.
Après le concert, des gens sont venus me voir pour savoir qui j’étais. Je n’avais même pas de myspace encore. Certains m’ont même attendu devant la salle et m’ont applaudi quand je suis sortie. C’était tellement émouvant.
Un jour j’avais le blues, pour me rassurer, j’ai cherché un peu ce que des gens avaient écrit sur moi et tout le monde disait « Mais qui était la demoiselle inconnue ? ». Finalement le premier passage que j’ai fait sur scène, c’était à l’Olympia et les gens m’ont appelé la Demoiselle Inconnue. C’était déjà mon nom…

Quel conseil donnerais tu aux gens qui veulent faire de la musique ?

De regarder ce qui sort de leurs doigts et de laisser naître les choses. Quand j’étais au lycée, j’étais très désappointée de voir que ce qui sortait de moi c’était des chansons d’amour en français. Je voulais faire du rock, je trouvais pas çà cool du tout ! C’est quelque chose qui te traverse. Tu n’es pas là pour décider du style de la chanson, mais pour transmettre.
En résumé, mon conseil ce serait : la chanson sait mieux que toi ce qu’elle veut ! Laisse la sortir de tes doigts et ne l’embête pas trop.

Portrait Chinois

Si tu étais un livre de chevet ? la BD de « l’An 01″ de Gébé parce que c’est un livre qui se rêvasse très fort !

Si tu étais une ville ? Berlin, pour son côté surprenant.

Si tu étais un personnage historique ? Calamity Jane (rires) parce qu’elle a un nom vraiment super cool !

Si tu étais une salle de concert ? L’Olympia ! Mais j’aime que mes chansons puissent aller partout, alors je dirais la salle du moment.

Si tu étais un film ? « Buffalo 66″ de Vincent Galo parce qu’il marie la lenteur et la provocation et qu’il ne peut pas s’empêcher de parler d’amour tout le temps.

Si tu étais un héro de l’enfance ? Le sculpteur César. J’ai relu un livre sur lui destiné aux enfants, dans lequel il explique consciencieusement qu’il faut amasser du bordel chez soit et être créatif avec !

Si tu étais une promenade du dimanche ? Aller au bord du canal et bruncher sur la péniche l’Antipode avec mes potes en se rappelant des conneries du samedi soir.

Si tu étais un objet technologique ? Un walkman à cassettes.

Si tu étais une chanson ? Une chanson de Georges Brassens. J’aime bien les Philistins parce que je me pose souvent la question de ce qui est le plus important. Là on se demande s’il vaut mieux que le gamin devienne poète ou notaire ? Qu’est ce qu’il est le plus important de vivre ? Ce que les livres, la morale et la société disent de faire ?

J’aime bien aussi Je Me Suis Fait Tout Petit. Il essaye d’ être provocant et mal poli et finalement l’amour le prend et qu’il n’est pas forcément comme il s’y attendait.

Si tu étais une peinture ? Quelque chose de contemporain : Yayoi Kusama qui a exposé il n’y a pas longtemps au centre Pompidou, elle rassemble pas mal de mes obsessions.

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QUI JE SUIS


Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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