C’est pour écrire la chronique Nouveauté du Jour consacrée à Barbara Carlotti sur Radio Néo que j’ai glissé son troisième album « L’Amour, L’Argent, Le Vent » dans ma platine. Un album doux, rythmé, teinté des voyages qui l’ont inspirés, des nuits durant lesquelles elle a composé et des rythmiques des années 80s. J’ai eu un coup de cœur immédiat pour le titre Occupe-Toi de Moi et j’ai mis un peu plus de temps à en aimer certains autres. C’est en tout cas un album que j’aime beaucoup et j’ai eu l’opportunité de discuter de sa genèse avec Barbara Carlotti, lors d’une après midi promo à l’Express Bar.

Tu es allée chercher l’inspiration lors de voyages au Brésil, en Inde et au Japon. Qu’est ce qui t’as le plus marqué ?

Au Brésil : l’immensité des paysages ! La nature déborde et est très présente dans la ville, on n’a pas l’habitude ici. La mixité des gens est impressionnante : personne ne se ressemble dans la rue à Rio. Tu peux croiser une blonde aux yeux bleus, un black ou un asiatique et ils seront tous brésiliens. Il y a aussi ce contexte assez étrange de pauvreté avec les favelas…
C’est un pays magnifique qui m’a donné envie de composer des choses plus denses.

Tu as ramené des sons de l’Inde et du Japon. Comment cela s’est-il passé ?

A chaque fois que je suis allée dans un pays, c’était pour trouver des sons différents. Au Brésil, j’ai travaillé avec des percussionnistes, ce qui m’a donné envie d’une rythmique plus forte dans mes chansons. Au Japon, j’ai pris des cours de Koto. Je voulais essayer de composer sur d’autres instruments pour trouver une conception différente de la musique. La qualité du son du Koto invite à chanter différemment et à dire d’autres mots. J’ai étudié les chants de Geisha avec une professeur, c’était très aigu. J’ai voulu rendre hommage à tout cela sur la chanson L’Avenir.

Mes deux premiers voyages étaient très rapprochés. Je n’ai pas tout écrit sur place. J’ai noté des idées et des ambiances que j’ai développé une fois rentrée. Je compose seule en amont, puis je travaille avec mes musiciens, comme un groupe, pour parfaire les arrangements. Une fois qu’un certain nombres de chansons ont été faites, je suis partie en Inde avec eux. On a fait appel à un sitariste indien pour enregistrer quelques morceaux. On a finalement gardé la sitare uniquement sur Nuit Sans Lune.

Être confrontée à l’étranger rapproche de qui on est vraiment et de la façon dont on veut faire les choses finalement.

J’ai perçu une thématique par rapport au temps, l’âge et la nostalgie dans l’album. Dans Occupe-Toi de moi, on ne sait pas si tu parles de toi ou d’une enfant dans la rue, tu parles de tes souvenirs dans Quatorze Ans et de l’âge adulte dans J’ai Changé

C’est vrai qu’il y a un rapport au temps assez présent, même si je ne parle pas de moi dans toutes les chansons. J’ai écrit J’ai Changé à la mort de mon grand-père en constatant que les gens autour de moi avaient vieilli. Je trouvais beau de voir ma grand-mère ridée, portant sur elle son histoire. J’ai fait le constat qu’avancer dans l’âge est quelque chose de positif, avec le changement physique que cela implique. Le vieillissement n’est pas accepté ni valorisé dans la société, alors que pour moi, les gens très vieux sont beaux.

Occupe-Toi de Moi raconte qui je suis. Dans ma tête, je suis toujours une gamine qui a envie de jouer. En tant qu’artiste, on a envie de créer des mondes : c’est qu’une part de nous est restée enfantine. Cette chanson est un peu une revendication du genre « je suis une enfant, fous moi la paix » (rires). C’est un jeu, évidemment.

Il existe aussi une temporalité sur l’ensemble du disque puisqu’il a été fait en trois ans. Je n’avais jamais mis autant de temps pour réaliser un album. Je n’ai pas eu de maison de disque pendant deux ans. Ce fût un passage difficile, mais en même temps j’ai pu travaillé sur la longueur. On se remet plus en question. Il y a eu, par exemple, plusieurs arrangements pour Occupe-Toi de Moi. On a fini par trouver celui qui correspondait le plus au thème de la chanson avec ce côté sautillant et positif.

Dans l’album, il y a aussi cette volonté de partir ailleurs pour fuir le temps qui passe. Quand on voyage et qu’on est en mouvement perpétuel, on échappe à l’emprise du temps.

Comment as-tu travaillé les arrangements ?

J’utilise toujours une base acoustique, comme les instruments traditionnels avec lesquels je compose : la guitare, le piano… Il y a beaucoup de clavier dans les arrangements car je suis revenue à une sonorité que j’écoutais à l’adolescence dans les années 80s : Dépêche Mode, Cure, Étienne Daho… J’avais envie de développer l’usage du clavier synthétique qui commençait à l’époque à être un instrument entre l’acoustique et l’électro. Mes musiciens en sont assez fans. Cela permet d’être symphonique sans avoir recours aux cordes ni aux cuivres.

Parle nous de ton duo avec Katerine sur le titre Mon Dieu, Mon Amour

J’ai fait sa connaissance lors d’un festival à l’époque de mon premier album et on a sympathisé. C’est quelqu’un que j’écoute depuis toujours et que j’aime vraiment. C’est un super mélodiste. On le connaît plus pour sa personnalité un peu surréaliste mais c’est aussi un super musicien. J’avais vraiment envie de composer une chanson avec lui. On s’est retrouvé un soir et on a commencé à écrire des cadavres exquis. Je me suis mise au piano, c’était super. Il est parti à 3 heures du matin en vélib (rires)

En vélib à Paris ? (ndlr : comme la chanson)

Exactement ! Tout se rejoint ! « La nuit, en vélib, à paris, sous extasy » (rires) On a fait la mélodie ensemble, et j’ai écrit les paroles. Il a trouvé cela magnifique et je lui ai proposé qu’on la fasse en duo.

Tu as écrit le titre Ouais Ouais Ouais suite à la lecture de Rose Poussière de Jean-Jacques Schuhl. Pourquoi ?

J’aime bien cet auteur, j’avais fait un atelier radiophonique sur France Culture avec lui. Il a inspiré tous les rock critiques à la française. On fait énormément de chroniques maintenant, avant c’était un peu inédit. Il vivait les concerts de Pink Floyd ou des Rolling Stones de l’intérieur avec eux. Dans ce livre, on apprend des choses sur ses expériences. Stylistiquement, c’est très abouti. Il y a un chapitre qui s’appelle « Ouais Ouais Ouais Ouais Ouais », 5 fois. J’ai trouvé cela très bien ! Les deux chapitres qui l’encadre parlent de l’actrice et chanteuse Zouzou, connue dans les années 60s. Elle était l’égérie des boites de nuit. J’ai fait une digression sur ces femmes un peu éphémères, que tu rencontres la nuit, qui ont des présences fascinantes, qui sont admirées et méprisées à la fois. On ne sait pas si elles sont superficielles ou non.

Tu as crée le spectacle Nébuleuse Dandy. Ta définition du dandysme est intéressante « Ils pensent que la vie n’est rien, ils vivent pour l’art. ». Penses-tu que dans le contexte actuel de notre société, il soit facile d’être dandy ? Ou que le dandysme transcende tout, même les biens matériels ?

C’est souvent des gens qui vont au bout de ce qu’ils sont, qui vont très loin dans leur conception artistique. Aujourd’hui, il y a une forme de formatage de la société. On est beaucoup dans la pensée unique. Le dandysme pourrait être une forme de réaction à cela. On est pas dans des périodes où l’argent est facile, donc pour être dandy, il faut être un peu tranquille à ce niveau là pour vraiment aller au bout. Après je connais des gens qui sont dandy sans avoir une tune. C’est un sujet compliqué !

Je pense surtout que le dandysme est une attitude spirituelle, une façon d’être indomptable. Il s’agit d’assumer ce qu’on est le plus possible et en faire un acte artistique, pas uniquement se contenter d’être soit-même. C’est une forme d’idéal de vie. Je ne l’applique pas et je connais très peu de gens autour de moi qui ont cette force là. Il faut être très fort et indépendant. Cela me fascine. Des gens ont des formes de dandysmes sans l’être complètement, que ce soit de manière vestimentaire, littéraire ou intellectuelle. Ce sont des personnes qui me fascinent et qui sont originales. Elles ne ressemblent à personne et personne n’auraient pu les inventer si elles ne s’étaient pas forgées elles-mêmes. Je suis toujours à la recherche d’individus de ce genre, un peu fous.

As-tu déjà des idées pour le décor de tes concerts ?

C’est un album assez nocturne, j’ai décidé de travailler autour de cette idée : comment mettre en scène une nuit en concert. J’ai regardé plein de films autour de ce thème, sélectionné des samples. On va pouvoir travailler sur les lumières bientôt en résidence, peut être utiliser des néons qui brillent comme une « pluie d’étoiles». Je délire un peu autour de tout cela…

Pourrais-tu citer un livre, un film et une œuvre d’art qui te définissent le plus ou qui t’ont le plus touchée ?

J’ai un mal fou à choisir ! En général, je dis toujours ce que j’ai vu en dernier…
Pour le film, j’adore La Jetée de Chris Marker, qui m’a habité pendant très longtemps !

« Pop Satori » d’Étienne Daho est le disque que j’ai le plus écouté. J’aime aussi la compilation qu’il a sorti récemment retraçant sa carrière avec des inédits.

Pour l’oeuvre artistique, je conseillerai d’aller voir l’exposition Néon à la Maison Rouge. J’adore Dan Flavin depuis très longtemps. C’est un artiste conceptuel américain qui bosse à partir de néons. C’est le premier à avoir fait cela. L’exposition regroupe les œuvres d’artistes contemporains faites à partir de néon. C’est incroyable et très beau.

Quel serait ton conseil aux jeunes talents ?

Qu’ils s’accrochent ! (rires) Parce que ce n’est pas facile… Il faut faire les choses qu’on en envie de faire, au plus proche de soit. Plus on est sincère, mieux c’est.

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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