J’avais beaucoup aimé le premier album de Benjamin Paulin avec son sens de la formule, son air de crooner, ne quittant jamais le costume et une musique teintée des années 60s. Il était donc logique que je sois au rendez-vous pour son deuxième album intitulé « 2« . Il y a quelques mois sortait une version maxi (avec remixes donc) du titre Variations de Noir. Le clip présentait trois actrices, Zoé Felix, Rossy De Palma et Hafsia Herzi, écoutant le morceau en noir et blanc, de manière sobre et épurée. Le ton était donné, le nouvel album serait résolument différent du premier.

J’ai eu l’occasion de discuter autour d’un café avec Benjamin Paulin afin de mieux comprendre cet album qui montre une nouvelle facette de son talent, tant dans l’approche musicale que dans les textes.

J’ai été assez surprise à l’écoute de ce deuxième album, cela change radicalement. Les arrangements sont plus électro, à part peut être sur Notre Amour A La Craie et Reste de Nous. Comment ont été choisi les arrangements ?

C’est surtout l’arrangeur et réalisateur Frédéric Lo qui a choisit. Il a amené sa patte et ses synthés. Cet album n’a pas été composé de la même façon que le premier. « L’Homme Moderne » avait une couleur cuivrée, fin des années 60s. Je l’avais composé à partir de samples, à la manière d’un disque hip-hop. Régis Ceccarelli avait tout fait rejoué. Pour celui-ci, j’ai composé sur un synthé, en cherchant des mélodies sur lesquelles il était confortable de poser ma voix, un peu comme de la pop instinctive. L’identité de l’album était moins évidente.

C’est toi qui a choisi de travailler avec Frédéric Lo ?

Bien sûr. Au début, c’était une idée de mon label. On s’est rencontré et on a commencé à faire deux chansons. On s’est tellement bien entendu que ce soit humainement ou musicalement qu’on a décidé de faire le reste du disque ensemble.

Tu commençais à chanter sur le premier album, tu disais aussi vouloir te rapprocher de l’émotion. C’était donc logique pour toi de continuer dans cette voie là ?

Je continue toujours dans la même quête. Sur ce nouvel album, j’ai essayé d’aller encore plus loin dans la musicalité, dans cette envie de communiquer les atmosphères et les sentiments plutôt que d’imposer des vérités absolues par des mots ou des tournures de phrases, comme j’ai pu le faire dans le passé avec le rap ou même dans le précédent album.

J’ai voulu ici laisser plus de place aux auditeurs : créer des ambiances et raconter quelque chose de global, moins influencer leurs réactions et leur laisser le choix des émotions qu’ils veulent caler sur les chansons.

Le côté punchline ne te manque-t-il pas ?

Dans certains morceaux, comme Poupées en Plastiques, je n’ai pas pu m’empêcher de le faire. Je ne sais pas ce que je ferai demain mais pour l’instant, cela ne me manque pas. J’avais besoin de me mettre plus à nu, de ne pas être dans la recherche d’efficacité, de ne pas truquer les sentiments.

J’ai eu l’impression que pour dire des choses en chanson française, il fallait être drôle, se montrer malin et faire de l’esprit. J’ai trop vu cela autour de moi et çà m’a écœuré, d’où mon envie de ne pas trop en rajouter sur ce disque.

Dans une interview, tu as dit que les textes de cet album parlaient de la dualité du métier, entre l’être et le paraître.

Sur le premier disque, il y avait cette image, liée au domaine du marketing, que je m’étais crée et qui m’avait amusé. J’ai continué à la décliner que cela soit en vidéo ou sur scène. Je voulais parler de la contradiction qu’il y a d’être à la fois auteur et interprète. Une dualité peut se développer. On a parfois besoin de se créer son armure pour pouvoir défendre un propos qu’on a écrit en solitaire, protégé du reste du monde. Quand on écrit, on a pas besoin d’auditoire. Lorsque l’on devient interprète, on doit habiter ce qu’on dit. C’est deux métiers qui sont par essence complètement différents.

Le disque est très noir par moment : « la douleur n’est qu’un rêve »,  » m’envoler au dessus du désespoir ». La nuit est très présente également.

C’est vrai, j’ai remarqué que la nuit ou le noir reviennent en permanence dans ces morceaux. Ça correspond a une période de ma vie, à des pertes personnelles. J’ai été très entouré par la mort, j’imagine que cela se traduit ainsi.

La thématique de l’amour est aussi présente. Dans Produits Dérivés, tu parles de quelqu’un que tu as connu ?

C’est un morceau métaphorique dans lequel on peut penser que c’est une histoire de couple mais en fait, je parle de la jeunesse et de la pureté utopique qu’il peut y avoir à cet âge là. On peut penser, de part le titre de l’album « 2″, qu’il s’agit d’une histoire d’amour, mais c’est en fait beaucoup plus métaphorique que cela.

Tu parles de cet album comme un album concept ?

Avant d’écrire le disque, j’ai écrit tout un scénario. L’histoire parle d’un dédoublement d’un personnage, entre la furieuse envie de vivre de l’interprète et le besoin de rester caché de l’auteur. J’ai imaginé ce scénario avec deux lieux fictifs et ces deux acteurs qui s’affrontent et se poursuivent. L’un ne pouvant pas exister sans l’autre. Toute cette histoire est tournée autour d’un personnage féminin, qui représente une vision de la vie qu’on peut avoir quand on est adolescent, entre utopie et pureté. Plutôt qu’être descriptif, j’ai choisi de raconter ce combat en faisant de chacune des chansons une scène de l’histoire.

Échantillon de Paradis évoque le retour au quotidien après avoir été sur scène ?

J’ai lu dans un article que les morceaux étaient assez noirs mais qu’Echantillon de Paradis était plus lumineux. Bizarrement, c’est le morceau qui parle le plus radicalement de la mort. Je fais mourir le personnage de l’auteur. La métaphore des yeux ouverts symbolise la mort, tout simplement.

Que signifie Reste de Nous ?

Qu’est ce qu’ils restent de nos constructions mentales quand tout s’effondre ? Qu’est ce qu’ils restent de nous quand toutes nos certitudes s’évaporent.

C’est un « on » général. J’avais vraiment l’intention que tout le monde puisse se l’approprier. Si pour toi, c’est une histoire d’amour, c’est bien. Je n’ai pas envie de t’empêcher ou t’obliger de penser que je raconte autre chose que ce que toi tu penses.

Finalement cette lutte auteur interprète, elle se finit bien ?

Pour moi, oui, puisqu’elle se termine dans la recherche d’un être accompli : un mélange des deux dans une certaine vérité et dans un même élan.

Dans une interview, tu as dit que la maison de disque n’avait peut-être pas assez mis en avant ton premier album ?

C’est difficile, quand tu es artiste, tu peux facilement croire que la maison de disque n’a pas fait son boulot, mais c’est plus compliqué que cela. Il y a aussi des moments et des époques pour tout.

Je n’essaye pas de me comparer, mais tu prends un disque comme Velvet Underground, il a fait du bruit dans une certaine élit à l’époque, mais il n’a pas existé commercialement. Pareil pour Gainsbourg lorsqu’il a sorti « L’Homme à la Tête de Chou » ou « Mélodie Nelson« . Ce sont des échecs commerciaux, alors qu’aujourd’hui ce sont des albums de références.
Je ne suis pas en train de prétendre que c’est le cas de mon album mais parfois, c’est juste pas le moment. Le premier a déjà eu une vie, plu à des gens. C’est déjà pas mal.

Il paraît que tu écris des nouvelles (ndlr : une nouvelle sortira dans la revue Le Déserteur) et je sais que tu fais un bon cheesecake, est ce que tu as d’autre talents caché ?

C’est vrai pour le cheesecake. Écoute (rires), sûrement plein !

Après quelques concerts à l’étranger, notamment en Pologne et en Algérie, Benjamin Paulin se produira le 22 Octobre au Divan du Monde avec une nouvelle formation scénique. Exit les filles, bonjour à ses nouveaux musiciens, notamment ceux du groupe Rococo qui l’accompagnent. En attendant, « 2«  est disponible dès aujourd’hui en digital.

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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