Cher Yoann,

Tu ne le sais pas encore mais voilà déjà quelques années que nous entretenons une relation manquée.

Je t’ai découvert avec le clip Au Grand Jamais de Bensé. J’avais même parlé à Bensé de votre collaboration quand je l’avais reçu en interview sur Allomusic. Malheureusement, l’interview n’est plus en ligne, mais il me racontait comment vous aviez pris un verre pour parler de ce plan séquence. L’image avait déjà cette teinte vintage qu’on retrouve dans plusieurs de tes clips, et qui est devenue très à la mode depuis.
Tu as ensuite fait deux clips pour Berry. Celui qui illustre la superbe chanson Demain, avec ambiance divinement belle, douce et mélancolique. Une touche de rétro et ce New York, où tu t’étais déjà installé, dissimulés en touches de fond : à la fenêtre, à ce mur en briques et aux pancakes…

C’est à ce moment là que j’ai commencé à m’intéresser vraiment à tes créations. A Aimer tes photos.
Nous avions en commun d’être né à Lyon, à la différence que tu as fait l’école Emile Cohl, longtemps convoitée pour ma part, mais j’ai finalement pris une autre route.
Avec un peu de jalousie et d’envie, je dois l’admettre, j’ai suivi ton évolution. Me donnant même des envies de réalisation de vidéo. Au détour d’un tweet, tu m’y avais d’ailleurs encouragé.

Le petit réalisateur est devenu grand. Le clip Teenage Dream m’a fait aimé la chanson instantanément. J’ai également été séduite par la mise en scène sous la neige, me rappelant le film « Cashback », du titre Back to December de Taylor Swift. Neige que tu as d’ailleurs repris dans ta dernière pub pour Lolita Lempicka. Cette fois j’ai pensé à d’autres références : « Melancholia » avec un soupçon de « Princesse Mononoke ».

Entre temps, tu es devenu Woodkid. Ton lien fort avec la musique n’était pas un secret, et on le savait, cette musique t’inspire depuis toujours. J’étais curieuse d’entendre tes premiers essais derrière le micro. J’ai essayé d’obtenir une interview par téléphone ou même écrite, en vain. A ce moment là, je n’avais que 3 noms en bouche : Julien Doré, Mélanie Laurent et Yoann Lemoine. Tout twitter savait que j’aimais Yoann Lemoine. Mais le lancement de l’EP s’est fait en grande pompe : clip au Grand Journal, relais dans les journaux hype. La machine était lancée.

C’est à ce moment là que j’ai commencé à me sentir trahie. Le Yoann Lemoine que je connaissais était devenu inaccessible, enclin à devenir une mode. Pire : une tendance. Confirmée par la très réussite collaboration avec Lana Del Rey.

Loin de moi l’espoir de pouvoir te croiser au détour d’un Protoclip où tu étais juré. Cette même année, où je n’étais pas restée pour t’apercevoir. Quand le lundi matin j’ai vu mon collègue qui m’affirmait « Mais il est petit et moche », je répondais « Mais c’est Yoann Lemoine !! »

Alors voilà, Yoann, j’étais fâchée contre toi, de t’avoir défendue si longtemps. De te voir m’abandonner. Là où tous les gens qui t’ignoraient depuis toutes ces années commençaient à t’aduler.
J’étais même déçue par ta pub Lolita Lempicka. Et puis j’ai vu le Making Of, et j’ai souri. C’est là où je me suis dit, que tout n’était peut être pas perdu entre nous.

C’était sans compter l’invitation de Marie à ce concert au Grand Rex. Ce premier – vrai – concert parisien. Tu peux la remercier, sans elle, je ne serai pas venue. D’ailleurs, c’est moi qui vais la remercier, car sans elle, j’aurais raté un grand moment.

Je t’ai découvert sous un autre jour. J’ai découvert que Woodkid et toi ne faisait qu’un. Certes, j’ai perdu ces images aux couleurs vintages que j’aimais tant. C’est peut être pour cette raison aussi que j’ai été si déstabilisée quand j’ai vu le clip Iron. Du noir et blanc. Une mythologie qui n’avait pas – encore – de sens pour moi. Un travail léché, mais qui ne me parlait pas entièrement.

Mais ce soir, les choses ont changées. Ce soir tu m’as émue. J’ai oublié la hype. Je n’ai vu que l’émotion. Exit les fausses impressions du concert privé de la Tour Eiffel. Exit l’évènement. Ce soir, on était tous réuni autour de la musique et d’un show unique. Oui, tu as beaucoup travaillé pour ce concert Yoann. Oui, tu as beaucoup attendu. Mais cela valait le coup. Paris t’as accueilli les bras ouverts, t’applaudissant chaudement entre chaque chanson. Paris s’est levé pour toi lorsqu’Iron a retenti. Paris a demandé un rappel. Paris a confirmé le choix du single. La pluie est tombée également sur Paris pour rendre les paroles de Brooklyn encore plus vraies. Paris s’est tue lors de cette version d’Iron en « acoustique ».

Quand de jeunes artistes peinent à faire une release party pour leur premier album, toi, tu t’offres un orchestre pour t’accompagner alors qu’il n’est même pas sorti. Des hordes de violons et des percussions. Le sur dimensionnement est là, mais à la hauteur de cette musique et images sur grand écran tantôt mystique, spatiale et mythique. Seule la couleur du bois des instruments ressort de ce noir et blanc constant des lumières et de ta chemise noire aux oiseaux blancs. Des images, je retiendrais les églises, les étoiles, les cristaux, ces paysages mystérieux survolés et cette ville perdue.

Alors voilà, Yoann, on aura sans doute encore des désaccords à l’avenir. Mais hier soir, tu faisais l’unanimité. Et surtout, hier soir, c’était notre première rencontre. Je n’en aurais pas voulu de meilleure…

Ally

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3 Commentaires

  • Chouette lettre ;)

  • ca partait mal pourtant ;)
    ca veut dire que tu vas ENCORE nous rabattre les oreilles avec lui ???

  • J’ai lu ta belle lettre à Woodkid… Je n’étais pas en concert au Grand Rex mais j’ai assisté à celui du Scopitone à Nantes. J’attendais de découvrir l’artiste de mon tant aimé « Brooklyn »… J’attendais de l’intime et du partage…A l’instar de ces moments partagés sur la meme scène avec des talents comme Jude, Moriarty, Keren Ann, Bernhoft… Et mon Dieu, j’ai été chamboulée, mais dans le mauvais sens… Je me suis sentie oppréssée par cette foule en transe, cet orchestre de cuivre, ces images en noir en blanc… Avec cette désagréable impression d’être parfois enrôlée bien malgré moi au coeur de l’Armée Rouge… Et surtout, j’ai été déçue, mais tellement déçue, par le coté mégalomane de la mise en scène et de l’artiste… Je suis partie avant la fin… Triste de cette communion manquée.

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QUI JE SUIS


Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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