Je vous ai parlé récemment de mon coup de coeur pour l’adaptation de 9 Crimes de Damien Rice par Julien Estival en duo avec Morgane Imbeaud, la chanteuse de Cocoon. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé cet auteur compositeur, anciennement prénommé Sam, un personnage auto-fictif charmeur et plaisantin - déjà interviewé ici. J’avais été séduite par ses rythmes, son élégance et son aisance sur scène.

Julien Estival revient aujourd’hui, sous son vrai nom pour plus d’authenticité, et chez Polydor, après deux albums auto-produits. Il livre un album plus personnel, intitulé “La Vie Promise”, toujours avec des mélodies soignées et des textes poétiques tout en retenue.

Julien Estival aime la littérature et est venu à la chanson en rapprochant son amour pour la poésie et la composition de musiques instrumentales. J’ai donc voulu réalisé cette interview et photos au Merci Used Book Café. L’occasion de revenir sur son travail et sa philosophie de la vie avant son concert au Divan du Monde le 17 décembre.

Portrait de Julien Estival

Dans ton album, le thème de l’espoir ainsi que la notion d’ailleurs sont très présents.

L’espoir est ce qui fait de nous des êtres vivants. Sans cela, il ne reste plus rien. Dans les chansons La Vie Promise et L’Envol, je parle de l’espoir de jours meilleurs. C’est ce qui est le plus partagé par l’espèce humaine : la volonté de vivre des jours meilleurs, tenir debout malgré tout ce qui nous entoure, le climat social, politique et sombre dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Il y a une volonté de surpasser le quotidien ?

Mes textes et mes chansons sont encrées dans la réalité et le quotidien mais laissent entrevoir un ailleurs, avec le plus de poésie et suggestion possible. Un poête disait que l’homme est un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler. On a les pieds sur terre mais on essaye de voir ailleurs. C’est cette contradiction là qui, pour moi, fait l’homme.

Si ce n’est pas trop indiscret, cet ailleurs pour toi, quel serait-il ?

(Rires) Si je le savais, ce serait bien ! Justement, la chanson et la poésie sont des manières d’interroger cet ailleurs. Vivre est autre chose que ce que l’on vit : si c’est définitif, si c’est clos, c’est la mort. Beaucoup de mes chansons parlent de cela.

La mélodie est importante pour toi…

Oui, j’ai une approche anglo-saxonne. J’écoute d’ailleurs plus de musiques anglo-saxonnes que de chansons françaises. Dans cette culture là, la mélodie et l’accroche musicales sont très importantes.

Plus jeune, tu reprenais beaucoup de musiques instrumentales classiques ou cinématographiques. Es-tu toujours attentifs à ces domaines là ?

Il y a quelque chose de cinématographiques dans certaines de mes chansons, comme Cet Hiver qui est très narrative donc elle s’y prête bien. J’aime les histoires romanesques et le cinéma. Je m’en inspire pas mal pour certaines chansons. Ce ne sont pas forcément des choses que j’ai vécu, mais des choses que je vois et qui m’inspirent.

Julien Estival au Merci Used Book Café

Tu parles beaucoup de références “anciennes” dans la littérature ou la chanson. Est ce qu’il y a des auteurs actuels qui t’inspirent ?

Parmi les artistes que j’écoute en ce moment, il y a Miossec, La Grande Sophie, Fauve qui est une grosse découverte et bouffée d’oxygène car différent de ce qui se fait et Alain Souchon que j’écoute toujours.
Je lis surtout beaucoup. Je suis un romantique donc j’aime les fresques romanesques, qui mêlent à la fois histoire d’amour et l’histoire avec un grand H, comme Tolstoï, « Ana Karénine »,  » Le Docteur Jivago »… L’espace russe me fait un peu fantasmer. L’âme russe est très romantique et passionée, je me reconnais beaucoup dans ces personnages là. Ils essaient de suivre leur coeur avant d’écouter leur raison. Cela ne les entraine pas forcément vers des destins heureux, leurs destins sont d’ailleurs souvent tragiques comme dans « Ana Karénine » ou « Le Patient Anglais », qui est un roman et un film que j’adore. J’ai cette idée de la passion qui, peu importe si elle nous consume, du moment qu’elle nous fait vivre et nous fait sentir vivant.

A propos de destin, on dit que ce n’est pas forcément la destination qui importe mais le chemin. Quel est ton conseil pour profiter du chemin ?

Je pars du principe que la seule certitude qu’on ait dans la vie, c’est qu’on va mourir. Cela paraît un peu morbide, mais en fait pas du tout. A partir de cette conviction là, on peut construire des choix de vie, une réflexion dans sa manière d’appréhender les relations humaines et l’avenir. C’est assez pragmatique.

Dans ton album tu t’intéresses beaucoup aux relations humaines ?

C’est la seule richesse qu’on ait, les relations humaines, le reste, c’est du vent.

Il y a plusieurs voix féminines sur ton album, peux-tu nous en parler ?

Je parle pas mal d’amour, il était donc important de faire intervenir la voix féminine pour que cela ne soit pas un monologue mais un dialogue, comme dans une relation amoureuse. Cela rajoute aussi un peu de fraicheur aux morceaux et leur donne plus de profondeur. Il y a trois voix différentes, j’aime quand c’est varié.

Tu as écrit un recueil de poèmes: « Une Barque Pour Demain ». Ce titre fait d’ailleurs écho à « La Vie Promise ». Peux-tu nous en dire un mot pour nous donner envie d’y jeter un oeil ?

Il y a le mot demain en effet, c’est cohérent. C’est une référece au mythe antique du passage des enfers. Les morts devaient aller sur la barque de Charon et payer une obole pour passer de l’autre côté. C’est pour cela qu’on mettait des pièces dans la bouche ou sur les yeux des morts selon les civilisations. Je parle de cela de manière métaphorique bien sûr, qu’est ce qu’on va pouvoir récolter dans la vie pour passer de l’autre côté ? Une interrogation par rapport à demain et au devenir.

Dans une interview, tu as dit être à la fois inquiet et optimiste. Cela paraît assez contradictoire, comment peut-on concilier les deux ?

L’inquétude nourrit les peurs. Ces peurs, on a envie de les surmonter, ça alimente cette volonté. Des gens qui n’ont pas peur, je n’y crois pas, cela n’existe pas. Le courage consiste à dépasser la peur, non pas à ne pas avoir peur. Pour moi, ce n’est pas contradictoire, l’un va avec l’autre.

Tu as été produit par Polydor pour cet album, qu’est ce que cela change ?

Cela ne change rien, ce n’est pas un aboutissement mais une étape pour avoir plus de visibilité. Ce n’est pas avec eux que j’ai commencé à faire de la musique et si ça s’arrête avec eux, je continuerai. Il faut reconnaître quand même que c’est une reconnaissance dans le milieu professionnel. Mais les vrais gens à atteindre, c’est le public.

Quelques mots à propos de tes concerts ?

Je joue des anciennes chansons, des actuelles et des nouvelles. Je ne me contente pas de jouer l’album. J’essaye de faire en sorte que les chansons soient retravaillées pour la scène.

Julien Estival dans les rues de Paris

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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