Cela fait longtemps que je n’ai pas pris le temps de partager avec vous mes impressions sur une exposition. Je crois que la dernière fois c’était pour Kandinsky au Centre Pompidou, c’est dire si cela remonte ! Je me suis aperçue de cela lors du podcast de Nawaak sur la photo. Pourtant, à chaque expo, je prends des notes, j’apprends, je ressens. Cela me nourrit chaque fois un peu plus. J’adore explorer la philosophie de chaque photographe. Il y a autant de visions de cette discipline que de gens qui la pratiquent.

Aujourd’hui, je voulais donc partager avec vous les enseignements qu’on peut tirer suite à la visite de la rétrospective du photographe Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou. L’exposition commence avec sa biographie. Plus je lisais, plus j’étais impressionnée par cette vie jalonnée de rencontres intéressantes, de voyages incroyables et de grands faits historiques.


collage Pour l’amour et contre le travail industriel (1931).

L’importance de l’esthétique

D’abord initié à la peinture, Henri Cartier-Bresson commence la photographie, influencé par son entourage surréaliste. J’ai été saisie de voir que pour l’époque, il faisait des photos uniquement pour l’esthétique, là où les familles les plus modestes gardaient les pellicules pour les grandes occasions. En cela, c’est déjà un exploit : le choix de photographier autre chose, loin des usages.

Dans ces photos, il s’amuse des formes, du mouvement et de l’imagination que peut générer une image. De ses photos d’Afrique, je retiens le jeu des ombres. Le noir et blanc prend toute son ampleur. On comprend qu’avec une telle maîtrise, la photographie couleur n’est pas trouvée grâce à ses yeux. Il fait des photos comme s’il peignait un tableau. En photographiant des formes voilées, il s’amuse à nous faire imaginer ce qu’il y a en dessous. Il s’amuse aussi des circonstances pour créer des photos uniques et pleine de significations. Il joue également avec les silhouettes dans les rues comme des phrases dans l’espace urbain. Tout est poésie avec Henri Cartier-Bresson.

“Il faut être sensible, essayer de deviner, être intuitif : s’en remettre au “hasard objectif” dont parlait Breton, écrit-il. Et l’appareil photographique est un merveilleux outil pour saisir ce “hasard objectif”.

Le choix d’angles pertinents

Engagé politiquement, il devient rapidement reporter. C’est à lui, ainsi qu’à Robert Capa et Chim, qu’on doit la création de l’agence photo Magnum. Dès son premier reportage en 1937, à Londres pour le couronnement du roi George VI, il choisit un angle peu commun : photographier la foule qui regarde le couronnement. Après la guerre, il parcourt le monde : Cuba, la Russie, l’Inde tout en soignant toujours les angles de ces reportages. Il immortalise aussi les changements de ce monde : la technologie s’immisçant dans notre quotidien, la société de consommation grandissant. Certains thèmes reviennent souvent, à tel point qu’ils sont présentés ici comme des séries.

L’ouverture à d’autres arts et exercices

Même si ce n’était pas son exercice favori, le photographe a réalisé de nombreux portraits sur commande pendant une période de sa vie. Il aime se faire oublier de ses sujets et travailler dans leur environnement. De grands noms sont passés devant son objectif.
A la fin de sa vie, Henri Cartier-Bresson se remet au dessin : une approche pour lui bien différente de la photographie.

“Faire un portrait est pour moi la chose la plus difficile, explique-t-il. C’est un point d’interrogation posé sur quelqu’un”.

“La photographie est pour moi, écrit-il, l’impulsion spontanée d’une attention visuelle perpétuelle qui saisit l’instant et son éternité. Le dessin, lui, par sa graphologie élabore ce que notre conscience a saison de cet instant. La photo est une action immédiate, le dessin une méditation”.

Cette exposition m’a donné envie de lire « Voir est un tout, entretiens et conversations » qui a été édité pour l’occasion. Seul son prix me freine à l’achat.  Vous l’avez lu ?
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8 Commentaires

  • Oh jolie cette exposition !!!

    Bon Mardi.
    Petite-Mam

  • J’ai beaucoup hésité à acheter le livre aussi, il faut dire que j’en ai tellement à lire… :-)

  • Merci pour cet article, je vais voir l’expo demain. ;)

  • Le prix pour un livre est un frein ? Celui là fait moins de 20 €, à peine deux paquets de cigarettes… C’est une question de priorité. Combien les gens consacrent-ils en abonnement futile pour leur I-phone ?
    Il faut comprendre qu’un livre (comme tout ce qui s’achète) n’est pas un prix, c’est avant tout du travail pour de nombreuses personnes : l’auteur, l’imprimeur, les libraires…
    Quand tout le monde se contentera exclusivement des écrans, il y aura 90% des gens qui pointeront au chômage…

  • @Laurent, Je ne fume pas et j’utilise mon iphone à des fins professionnelles. Je ne remets pas en cause le prix de ce livre. Tout travail mérite salaire et je suis bien placée pour le savoir avec mes activités de photographe. Néanmoins on ne peut pas toujours écouter le cri du coeur lorsqu’on a envie de faire un achat sinon notre banquier aurait vite fait de nous rappeler à l’ordre. J’achète de nombreux livres, rassurez-vous. C’est justement pour cela que je n’ai pas craqué cette fois là, surtout à la sortie d’une exposition qui a aussi un prix, rappelons-le. De plus, il faut bien plus de gens derrière les écrans que vous ne le pensez pour maintenir ces systèmes.

    @Christine : Alors tu as aimé ?

  • Il n’y avait pas de critique personnelle. Je soulignais simplement l’air du temps qui condamne l’activité économique traditionnelle et locale. On hésite plus de nos jours à mettre 15 à 20 euros dans un livre qu’à mettre des centaines d’euros dans un écran plat pour un contenu qui ne sera pas le même…
    En ce qui concerne le livre en question, ce n’est qu’une compilation de textes qui ont déjà été publiés sur plusieurs ouvrages dont notamment « l’imaginaire d’après nature ». Donc si vous avez largement lu sur le sujet auparavant, ce livre n’est pas vraiment indispensable. Et puis le meilleur sur HCB ce sont ses photographies n’est-ce pas…
    Cordialement.

  • @Laurent : Pour l’écran plat, c’est en effet un autre débat ;) Un grand merci sur votre retour sur le livre, ça me permet de me faire une meilleure idée de son contenu :)

  • Oui j’ai adoré! J’ai mis plus de 2h pour faire l’expo tellement elle est grande et intéressante. Je suis contente de l’avoir faite. ;) Encore merci pour ton article!

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QUI JE SUIS


Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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