La semaine dernière avait bien commencé. J’étais lancée plus que jamais pour l’écriture du blog et puis, il y a eu ces tragiques événements. Je suis passée par plusieurs phases, abasourdie, triste, angoissée et l’envie de vivre tout de même. Cela a fait écho aussi à des choses plus personnelles, me donnant envie de sortir des tiroirs un projet que j’ai depuis longtemps. Dimanche, voir tous ces gens dans la rue, ça a fait du bien. Témoigner de notre ressenti, être là, c’était important. Mais continuer de vivre, sans oublier, l’est tout autant. Les réseaux sociaux ont été suspendus, plongés au coeur de l’actualité tandis que dehors, cela continuait tout de même à vivre. Comme si, parler d’autres choses sur les réseaux sociaux était malvenu. Cette culpabilité ambiante m’a un peu gênée, même si cette solidarité spontanée était belle à voir.

Finalement je me dis que vous parler aujourd’hui d’un film qui est une ode à la vie fait sens. Mardi dernier, je suis allée voir Les Souvenirs en projection presse. D’ailleurs, il faudra qu’on m’explique pourquoi l’ambiance est toujours glaciale dans ces conditions-là. Ce n’est pas parce qu’on est là pour le boulot, qu’on est obligé d’être blasé. C’était mon premier cinéma de l’année, et c’était parfait. Je porte toujours un intérêt certain au premier film que je vois au début de l’année. Il faut qu’il soit beau et inspirant. C’était le cas pour celui-ci.

C’était un film que j’attendais de voir avec impatience et aussi beaucoup d’appréhension je dois avouer. Il y a des oeuvres qui nous accompagnent et notre regard change parfois selon ce que l’on vit. Ciao Bella de Rose, en est le parfait exemple. J’ai toujours su que le jour où je perdrais mes grands parents, je ne verrais plus cette chanson de la même façon. Aujourd’hui, lorsque je l’écoute en live, je verse souvent une petite larme. J’avais lu les Souvenirs à sa sortie, à l’époque ma grand-mère était encore en bonne santé et loin des maisons de retraite. Je me rappelle tout de même cette lecture émue, David Foenkinos avait su trouver les mots justes. J’avais eu le plaisir de l’interviewer à la sortie du livre. J’ai d’ailleurs hâte de le relire maintenant, il dort dans ma bibliothèque, avec la dédicace suivante “Suite au prochain épisode”. Il faut croire que c’est celui-ci.

Parlons donc du film ! Déjà, je n’ai pas pleuré. J’avais préparé les mouchoirs au cas où… Parce que même si le sujet du film n’est pas gai, la vieillesse, de l’humour est savamment dosé pour ne pas rendre le tout trop lourd, à l’image de la vie, ses scènes absurdes et ses moments de légèreté pour oublier le drame que nous vivons. Le tout est très juste avec des histoires à plusieurs niveaux et préoccupations : la retraite du père, la grand-mère qui part à la maison de retraite et le fils, Romain, qui se cherche encore. J’ai adoré les acteurs, quel bonheur de retrouver Annie Cordy, dans ce rôle là en plus, il n’y avait pas mieux pour rappeler mon enfance. J’aime également beaucoup Michel Blanc, et j’ai trouvé çà bien de laisser le rôle principal à un jeune acteur, c’est plus facile pour s’identifier.

Les décors aident également, emprunts de beaucoup de réalisme. J’y ai vu mon Paris, d’ailleurs un des bars du film est dans mon quartier. Jean-Paul Rouve, le réalisateur, était présent après la séance. Amener le réel dans son film est important pour lui. Il cherche la vérité, ce qui reflète au mieux la vie. Il recherche ainsi des décors et vêtements plausibles, représentant bien la condition sociale des protagonistes. Il a également tenu à filmer les scènes dans une vraie maison de retraite et dans une vraie école afin d’avoir le plus de moments authentiques possibles. J’ai été assez bluffée d’ailleurs en voyant l’appartement et vêtements de la grand-mère. Par la façon de filmer certains détails également. Les manipulations au cimetière, les au-revoirs en donnant la main à son petit-fils… Autant de détails que de souvenirs qui ont résonné en moi.
J’ai été surprise de voir des Pringles, une canette de Coca après une cuite ou un Starbucks de manière explicite. “Les marques font parties de la vie” a déclaré Jean-Paul Rouve, confirmant qu’il ne s’agissait pas de placements de produits, mais le résultat d’une volonté d’être au plus prêt de la vie de tous les jours, sans avoir à cacher ces éléments.

Le personnage du père m’a fait sourire avec ses obsessions. Ces situations où les non-dits planent et celles où on se raccroche à la parole d’un inconnu. Ces périodes d’ennui, de recherche et de fortes préoccupations où le reste n’a pas d’importance. Ce film est une grande ode à la vie. Car il parle de ce que l’on traverse, de notre rapport aux autres, et de notre bref passage sur Terre.

Le scénario a été écrit en collaboration entre Jean-Paul Rouve et David Foenkinos. Ayant la même sensibilité, ils n’ont pas hésité à gommer, modifier, rendre les choses plus cinématographiques, ajouter des personnes, comme le colocataire, pour intensifier l’histoire ou l’humour. Jean-Paul Rouve nous a confié que le film et livre n’était pas autobiographique, sinon ils auraient suivi un chemin balisé. Ainsi, ils ont pu servir l’histoire.

Que dire de plus ? J’ai été très touchée par le film, par son histoire, sa réalisation mais aussi la musique… Il y a en hommage au film de Truffaut, Baisés Volés, une reprise de la chanson de Charles Trenet, Que reste-t-il de nos amours, par Julien Doré. Côté instrumental, Jean-Paul Rouve préfère qu’il y ait qu’un seul ou deux thèmes et travaille en général en amont avec son compositeur. C’est pour lui, un personnage intégrante du film. La bonne surprise était de finir avec une chanson de Berry, Le Bonheur, dont les paroles siéent à merveille avec l’ambiance du film.

Je ne saurais que vous encourager à le voir, j’espère que vous aimerez le film autant que moi, et je serai très curieuse d’avoir votre avis dessus. J’ai été en tout cas ravie de cette soirée, et je m’aperçois que j’aime de plus en plus échanger avec les réalisateurs sur la façon dont ils ont conçus leurs films. Je trouve çà grisant et très inspirant.

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3 Commentaires

  • Ces projections presse sont surtout très silencieuses, comme si personne n’osait parler dans l’attente du film…
    Beaucoup de belles choses effectivement dans ce film !

  • Tu es la 2ème bonne critique, émue, que je lis. J’en ai placé deux à voir absolument cette semaine, si jamais j’avais le temps pour un troisième, j’irais peut être voir celui-ci.

  • @Aurore : Quels sont les deux films que tu veux à tout prix voir cette semaine ? :)

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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