Aaaah. Cabadzi. Je vous avais déjà parlé de ce que m’inspirait leurs textes. Ils crient une vérité dans laquelle je me retrouve parfois, cette lutte intérieure et face à la société. Le tout dans une jolie musicalité avec un album/objet « Des angles et des épines » magnifique, photos, paroles, typo… J’ai interviewé Lulu, chanteur et auteur du groupe. Je suis assez admirative de leur façon de vivre, d’aller au bout de leurs convictions. C’est pour ça qu’ils démarchent de petits producteurs locaux pour créer des sublimes carnets et même du vin pour accompagner l’écoute du disque. Je vous laisse jeter un oeil à la boutique… et en découvrir plus sur Cabadzi. Je suis conquise et j’ai hâte de les voir mercredi soir en concert à Saint-Eustache.

Quel a été le déclic ?

Nous sommes tous passionnés de musique depuis l’enfance dans le groupe. J’ai monté avec Victorien une compagnie de cirque dont on faisait la bande son. Il y a cinq ans, lors d’une grosse tournée, on a rencontré les autres membres et on a commencé à faire de la musique ensemble.

Et toi plus précisément ?

Je suis le cadet de la famille. Je suis issu d’un milieu populaire et on ne m’a pas payé de cours. Mes grandes soeurs me faisaient écouter Nirvana et Björk qui n’étaient pas encore très connus en France. J’ai eu une véritable claque ! C’est en écoutant de la musique que j’ai eu envie d’en faire.

Quelles sont tes pêches à l’inspiration ?

Je consomme beaucoup d’actualités : je lis le Courrier International, la Revue 21 et j’écoute beaucoup la radio. Je peux écouter une radio qui parle comme France Inter ou France Culture et de la musique en même temps. J’aime ce bain d’informations. C’est un tiers de ma source d’inspiration, après il y a les discussions avec les potes et ma vie personnelle. Ces trois choses se mêlent dans mes textes.

Pourquoi cet amour de l’actualité ?

J’ai toujours été passionné d’histoire et de politique. Je suis intéressé par le fait politique, par la façon de décrire le quotidien et son amélioration. L’actualité est le reflet de la société et j’’adore la sociologie. Les médias passent leur temps à déformer les choses mais en les recoupant, on réussit à avoir un point de vue personnel. Ça me parait fondamental de s’intéresser à la vie qui nous entoure. Je ne me vois pas vivre autrement. C’est une hygiène de vie : être conscient de ce qui se passe autour de soit pour vivre mieux.

Ton remède pour les moments down ?

Je bricole beaucoup : du bois, de la ferraille, je jardine. J’ai besoin d’avoir un rapport à la matière depuis petit. Comme cela tourne beaucoup dans mon cerveau, j’ai besoin d’une activité où je ne réfléchis pas.

Quel est le conseil pour les jeunes talents ?

Croire en ce que tu fais et mettre toute ton énergie dedans. Le travail en fait. Il faut que cela soit une passion, que cela te dévore et prenne tout ton temps. Si ce n’est pas une passion, ce n’est pas la peine d’y aller.

Tes motivations pour demain ?

Jouer et créer. C’est ma seule motivation, pas que musicale d’ailleurs, c’est la même chose pour le bricolage. A un moment x, il n’y a rien, et au moment y, il y a quelque chose, peu importe si cela sert.

Comment avez-vous choisi les photos qui figurent dans l’album ?

On connaît Nik8 depuis 2 ans, il a fait beaucoup de photos de nos lives. Ses photos urbex allaient bien avec l’album : ce sont des lieux à reconstruire avec une empreinte humaine, architecturale, à chaque fois envahis par la nature ou le désastre du temps. C’est le reflet du titre de l’album : angles pour le côté fabriqué et urbain, épines pour le côté sauvage et non maîtrisable de la nature.

Vous avez pas mal voyagé lors de vos précédentes tournées…

L’envie de voyager fait partie de l’esprit du groupe, de sa genèse même par rapport au cirque, quand on habitait en roulotte sur la tournée. Cela me parait indispensable de bouger. On a joué deux fois en Colombie et c’était génial. En France, on met les textes en avant. Là-bas, ils ne comprennent pas, mais ils ont une sensation. C’est un rêve artistique. Quand j’étais ado, j’écoutais beaucoup de rap américain, j’adorais le flow sans forcément comprendre les paroles. On aimerait bouger de plus en plus et retourner en Amérique Latine, c’est un continent qui nous parle.

C’est toi qui gère les réseaux sociaux ?

Oui. C’est comme toutes les inventions, il y a autant d’horreur que de positif. C’est une vraie révolution pour les gens qui créent. On a une relation producteur/consommateur directe en quelque sorte, il n’y a pas besoin d’intermédiaire.

Dans une interview, tu as dit “On sait très bien que nos clips ne passeront jamais sur M6 et là n’est pas notre intention.” et “Sur ce disque, on ne se fait pas un euro ! On préfère que les gens aient un bel objet, un beau souvenir. C’est important pour nous.”. Peux-tu m’en dire plus sur cette philosophie ?

On sait bien qu’avec une proposition de musique noire, on s’adresse à des gens qui ont envie de faire des efforts. On sait où on veut aller et on est fier de ces titres. On réussit à en vivre au final. On s’offre le luxe de faire ce qu’on a envie de faire. J’aime bien réaliser des clips, c’est vraiment dans la continuité. Quand j’écris des textes, il y a souvent des images qui viennent. Pareil quand on répète avec le groupe, on parle en terme d’images. C’est assez logique finalement. On a monté une petite équipe de chef op/monteurs, on travaille aussi avec des réalisateurs qui nous plaisent. Avant, on se retrouvait parfois avec des choses qui ne nous plaisaient pas, là au moins ça colle au son.

Pour l’album, on ne fait aucun bénéfice sur la vente. On vit uniquement grâce à nos lives. On a aussi fait un coffret deux vyniles avec les instru. Cela ne se fait presque plus car cela coûte trop cher. Au moins, on se fait plaisir et cela fait aussi plaisir aux gens qui l’achètent.

Les gens nous demandent souvent si on est engagé ou militant. On est engagé dans notre manière de travailler en indépendance totale qu’on applique au jour le jour. Pour financer les clips, on a travaillé avec des artisans locaux : production de vin rouge et des carnets nantais calépino. On ne se retrouve pas dans les chanteurs engagés et démago qui font du business avec des tee-shirts fabriqués en Chine, et qui se revernissent une image dans les médias. On revendique un business clean avec des gens valables. On veut montrer qu’on peut vendre des choses, faire du merchandising, bien fabriqué, avec des gens bien et fait avec amour.

Qu’est ce que vous a apporté le Fair ?

Le Fair nous a apporté pas mal de crédibilité. On est un groupe provincial et quand tu n’es pas sur Paris, c’est difficile. Cela nous a aidé à pénétrer la sphère parisienne.

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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