J’ai connu Francis Magnin par hasard, sur le Facebook d’une amie. Je vous avais déjà parlé de la Commande Parfaite. Il a déjà réalisé une dizaine de court-métrages, exposant ceux dont il est le plus fier sur son site. Récemment il a réalisé k7, avec comme acteur Tom Villa, mais vous ne le verrez pas en ligne tout de suite, car il a été soumis à des festivals. Francis Magnin a décidé de vivre de sa passion : la réalisation. Aujourd’hui, Francis est aussi auteur pour son compère Tom Villa dont il co-écrit les spectacles et les chroniques sur Europe 1.
Cet homme de l’ombre a décidé de se mettre en lumière provisoirement pour passer un cap. Il a ouvert une récolte Kiss Kiss Bank Bank pour réaliser A la Fenêtre, un film court avec Baptiste Lecaplain en acteur principal.
J’aime réellement son travail et l’énergie qu’il dégage pour mettre en place ses projets. Si vous aussi vous avez un projet qui vous tient à coeur, je vous conseille de lire cette interview. Un exemple à suivre !

Quel a été le déclic ?

J’ai fait anglais renforcé au collège. On regardait des films en VO pendant les heures en plus. Un jour, j’ai levé la main pour répondre à une question et la prof m’a dit “non pas toi, tu réponds toujours, on va faire participer les autres”. Ça a été un déclic car on ne m’avait jamais dit ça. J’ai alors réalisé que cette prof enseignait aussi l’audiovisuel. Je suivais en fait des cours d’audiovisuel en anglais. J’ai commencé à décrypter mes premiers films sans le savoir : pourquoi le réalisateur a fait tel plan et ce qu’il voulait dire. C’est là que j’ai pris conscience que j’aimais ça. Elle nous a montré des films cultes que je n’aurais jamais regardé sinon : des Fritz Lang, des films allemands en noir et blanc, La Nuit du Chasseur avec Robert Mitchum… Un jour, on a regardé Le Cercle des Poètes Disparus et il y a plein de choses que je n’avais pas vu la première fois. Ce film m’a fait basculer de “j’adore ça” à “je veux faire ça”.
A 18 ans, j’ai eu un caméscope pour mon anniversaire et j’ai commencé à faire des sketchs et des parodies. Petit à petit, j’ai commencé à écrire et filmer des petites histoires avec mes potes qui jouaient les acteurs. Je n’ai pas fait de formation technique, j’ai fait une école hôtelière, j’étais déjà lancé dans ce cursus là. J’étais serveur ensuite, mais le week-end, j’ai continué à réaliser mes petits films…

Tu ne caches pas le fait de de ne pas avoir fait d’école ?

Oui, je préfère le dire avant qu’on me pose la question, mais je ne le revendique pas non plus. Faire une école, c’est bien, on apprend beaucoup sur le plan technique, après tout dépend de la voie qu’on veut prendre. Si tu veux être peintre et retranscrire des émotions, c’est moins nécessaire de faire des études.
En tout cas, je n’ai pas de complexe d’infériorité, je l’ai vu quand j’étais jeune. Je suis parti en Angleterre travailler, j’ai rencontré beaucoup de gens et appris beaucoup de choses pendant mes quatre premières années de travail alors que mes potes étaient encore à l’école. Ils avaient appris beaucoup de choses théoriques, mais j’avais d’autres connaissances. Je dis pas que c’est mieux ou moins bien, mais en tout cas j’ai un vécu.

Tu ne peux pas réaliser un film tout seul, tu as besoin d’une équipe. Tu m’as dit que ta grande force c’était de fédérer les gens autour de tes projets…

Quand tu voyages un peu et que tu as connu des périodes plus difficiles, tu apprends à te connaître. Je suis “jeune”, 33 ans cet été, mais du coup, je sais quels sont les points sur lesquels je dois travailler et ceux sur lesquels je peux m’appuyer. J’aime fédérer les gens autour d’un projet, c’est l’un de mes atouts. Je parle tellement avec passion et le coeur que les gens se disent “ça a l’air vraiment important pour lui, je vais l’aider”. C’est aussi simple que ça, il n’y a pas de formule magique. Quand les gens voient que tu te donnes à fond pour faire quelque chose, ils sont “admiratifs” et prêts à t’aider quand tu leur demandes. C’est quelque chose que j’ai appris au cours de ma jeunesse : il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.
Des gens autour de moi me disent “toi c’est bien, tu fais tes trucs, moi, je ne connais personne dans le milieu.” Avoir des connaissances, ça va aussi avec le fait d’aller vers l’autre, de parler de son envie, de ses idées.
Le plus important aussi quand tu essayes de constituer une équipe ou d’assembler des talents, c’est de penser à ce que l’autre va y gagner, ce que cela va lui rapporter, bien le mettre en valeur. Il faut se rappeler qu’un projet reste un échange. Quelqu’un va m’apporter son savoir faire, ses idées, sa sensibilité sur mon projet mais on va travailler ensemble. Je n’oublie jamais ça.

Quelles sont tes pêches à l’inspiration ?

Énormément de choses, on va toujours piocher à droite, à gauche. La filiation idéale, c’est Judd Apatow, un réalisateur, scénariste et producteur américain. Il a fait quatre pures comédies : 40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi, Funny people et This is 40. Derrière une couche de gags et de blagues premier degré pourries, il traite toujours de vrais sujets : l’amitié, la paternité, les couples, la famille…  Ce mélange est le plus dur à atteindre pour moi, un peu comme ce qu’ont fait Toledano et Nakache dans Intouchables : pouvoir rire et être ému dans la même scène, qu’il y ait un vrai fond.
Judd Apatow a également fait une série il y a longtemps : Freaks and Geeks. Il y a qu’une seule saison mais c’est devenu culte. Il aborde l’exclusion à travers des jeunes au lycée : aujourd’hui, c’est tendance d’être geek mais ce n’était pas le cas à l’époque. Il a été ce mec là, donc il en parle très bien.

D’autres gens m’inspirent comme Jerry Seinfeld, le meilleur du stand up américain. Il a fait une série dans les années 90s, c’est la meilleure de tous les temps. Celui qui dit le contraire, je l’invite à reregarder les 9 saisons ! Il fait rire sur des détails de la vie quotidienne, c’est subtil et bien écrit.

En France, la personne qui m’inspire le plus, c’est Alexandre Astier. C’est le meilleur auteur de dialogue qu’on est, le Audiard des temps modernes. Tout ce qu’il fait porte son emprunte : les répliques qu’il écrit, ce qu’il gère sur les plateaux, la réalisation, son jeu d’acteur… On peut reconnaître un dialogue qu’il a écrit juste à l’oreille, il n’y a pas de meilleure récompense que ça. Il y a aussi une filiation avec la musique, le rythme… J’ai découvert un autre côté quand je regardais Kaamelott. Plus les saisons avancent, plus il rentre dans la narration. Je me suis intéressé aussi à ses influences, comme Christopher Vogler. C’est un américain qui a travaillé chez Disney et les grands studio américain. Il fait des conférences sur comment écrire un scénario… Il l’a fait venir à Lyon pour 3 jours de conférences. Cela a été un déblocage total pour mon écriture : je suis sorti avec plein de solutions et d’inspiration. C’est grâce à Alexandre Astier, que je ne connais pas, mais que je le remercie ici.

Quels sont tes remèdes dans les moments down ?

Je n’ai pas le temps d’aller moins bien en ce moment. Mon esprit est toujours occupé par mon prochain film et ma mission, vivre de ma passion. C’est plus fort que tout pour l’instant. Peu importe les mauvaises nouvelles que j’ai, ce moteur m’aide à avancer.
Dans les moments difficiles, je relativise. Autour de moi on me dit que j’ai de la chance de savoir ce que je veux faire. Certains aimeraient se lancer mais ils ne savent pas trop dans quoi. Cette passion qu’on a pour un sujet, tout le monde ne l’a pas. Je me rappelle de ça quand ça ne va pas et ça me redonne de l’énergie.

Parlons des thématiques de ton film : une histoire d’amour, le fait de se jeter à l’eau et l’audace de réussir, qui est finalement aussi ton chemin de vie…

Le premier degré de l’histoire, c’est un garçon qui aime bien une fille et qui n’ose pas aller la voir. Il y a plusieurs thématiques dans le film mais je ne voulais pas dévoiler toute l’histoire. La première, c’est ça, on peut parler de timidité, mais aussi cette pensée “elle est trop belle et trop bien pour moi”. Jamais quelqu’un devrait se dire ça. Cela n’existe pas, peu importe la condition sociale et la beauté physique, on devrait jamais se mettre ces barrières là. Je me suis mis des barrières plus jeune, après c’est des étapes par lesquelles il faut passer, je ne regrette pas, mais aujourd’hui je me rends compte que c’est idiot. C’est aussi de la confiance en soi. Il faut tenter sa chance et ne pas se dire “comment je peux intéresser cette personne ?”. Bien sûr si ça ne marche pas ou si la personne n’est pas réceptive, cela peut être dur et un peu cruel. Mais finalement le plus cruel n’est-ce pas de ne pas essayer et de ne jamais savoir ?

La deuxième thématique rejoint le fait de tenter sa chance. Si tu as envie de faire quelque chose dans la vie, le plus dur c’est de se lancer, de prendre la décision. Une fois décidé, tu sais pourquoi tu le fais, tu as les bonnes raisons, cela va être moteur, tu vas suivre cet instinct là. C’est primordial pour moi. Je croise combien de gens qui me disent “Si j’avais le temps, j’aurais écrit un livre ou fait un film”. Mais ce n’est pas une question de temps, personne n’a le temps dans la vie, ce n’est qu’une question d’envie. Si c’est vraiment important pour toi, décide le et tu vas trouver le chemin et les solutions pour y arriver. C’est une douce métaphore de ce que je fais dans la vie, surtout il y a un an où je me suis jeté à l’eau en démissionnant de mon travail.

C’est également un film qui parle beaucoup d’amitié entre garçons : comment ces deux potes vont le pousser et l’aider à leur manière. L’amitié masculine est un peu pudique, cela transparaît par des petits gestes. C’est un sujet qui me parle aussi.

Quel est ton conseil pour les gens qui souhaitent se lancer ?

Il faut vivre des vivre pour avoir des choses à raconter, sinon l’histoire va être un peu vide. Après, il y a des gens qui ont beaucoup d’imagination mais le message est toujours plus fort quand l’histoire te touche personnellement.

Il faut aussi croire en soi. Si tu crois que ce que tu fais a une signification et une vraie résonance, tu vas porter ton histoire beaucoup plus loin. Il ne faut pas se mettre de barrières. Si cela t’intéresse et que au fond de toi, tu y crois, cela peut toucher d’autres personnes. Alors vas-y lance toi et partage ce truc là. Cela est valable pour tous les secteurs.
Je crois au moteur positif, j’essaye d’aider les copains sur d’autres projets car comme je l’ai dit, c’est un échange. Je suis convaincu que si tu fais le bien autour de toi, cela va te retomber dessus. Même si je n’attends rien en retour, quand tu récoltes des choses ensuite, c’est toujours agréable.

Dernière chose que j’aimerais partager : si tu as un coup dur, c’est une épreuve. C’est dans les épreuves qu’on voit ce que les gens ont dans le ventre. Dans la musique et le cinéma, des gens ne réussissent pas, certainement parce qu’il y en a qui n’ont pas assez de talent, mais on le voit aujourd’hui, ceux qui réussissent, ce n’est pas forcément ceux qui ont le plus de talent, c’est ceux qui ont l’énergie et la foi d’aller jusqu’au bout. Tout le monde subit des épreuves, plus ou moins fortes ou nombreuses. La différence se fait par la réaction face à cette difficulté, si tu baisses les bras ou si tu relèves le “challenge”. Si à la première épreuve, tu prends ça comme un coup du destin… On le sait, dans les tournages, il y a toujours des imprévus : technique, humain, la météo… Beaucoup de facteurs rentrent en compte. Est-ce que tu vas subir ou trouver une solution pour quand même aller jusqu’au bout ? Je crois beaucoup à ça.

Quelles sont tes motivations pour demain ?

J’ai une vision à long et court terme : je veux faire ce métier, partager mes histoire avec tout le monde… et je travaille sur la préparation de mon film. Des gens mettent de l’argent pour que je le réalise, c’est une pression supplémentaire, de ne pas les décevoir. Je vais faire tout mon possible pour les gens qui participent au film et misent dessus.

Si je me projette un peu, il faudra que je fasse la bascule au long métrage. Je vois chaque projet un par un, j’essaye de ne pas trop me lancer dans deux ou trois projets en même temps parce qu’on s’en sort plus. C’est bien connu : à courir deux lièvres, on n’en attrape aucun.

Est-ce que tu penses à “au pire” ?

Mon secret pour avancer dans la vie de tous les jours, c’est de ne pas y penser ! Je n’ai pas de plan B et la société est là pour me le rappeler. Mes parents et mes proches qui pensent bien faire me disent “mais si ça ne marche pas, tu fais quoi ?”. Je réponds que je ne pense pas à cette question. C’est une option que je ne m’ouvre pas, et franchement, ça fait toute la différence ! Si tu ne montres pas d’autre chemin possible à ton cerveau, il va se concentrer sur l’option que tu lui montres. Toute l’énergie va être concentrée sur cette route. Si tu as une démarche différente, il y a des chances que tu prennes la route plus facile, plus safe, où tu as un salaire tous les mois… La société pousse à cette route là, si tu veux acheter un appartement, il faut avoir un CDI. Il y a une image qui existe “Si tu veux prendre l’ile, il faut brûler tous les bateaux”. Quand tu arrives sur l’ile, tu n’as plus le choix, tu ne peux plus partir, ton seul objectif va être de prendre l’île…
Après, je sais que je ne serai pas à la rue. J’ai une famille, des amis et j’ai été serveur pendant 9 ans, donc je peux retrouver du travail. Je prends des risques, mais pas inconsidérés. Si tu ne veux pas aller sur un plan B, il faut l’effacer de ta mémoire !

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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