Bientôt 10 ans après La Liste, Rose revient avec un quatrième album, Pink Lady, bien qu’elle ne nous ait jamais vraiment quittés. 10 ans qu’elle ponctue ma vie au rythme de ses mélodies et nos rencontres. Cet album renferme quelques pépites. Rose dresse ses états d’âmes après les mardis chez la psy. Elle nous fait danser avec Pink Lady, souvenir des cocktails pris au bar de l’hôtel où elle a écrit l’album. Mais surtout Rose parle avec brio des états d’âme du couple, Histoire Idéale, Maman est en Bad, Séparément et ce sublime duo avec Jean-Louis Murat Pour être Deux. Et pour enfoncer le clou avec autant de vérités chantées, c’est Je de Société, les réseaux sociaux progrès et mal de notre siècle , qui m’a le plus saisi à la première écoute “Il faut qu’on sache que tu existes”. J’ai eu le plaisir de retrouver Rose à sa maison de disque pour échanger sur cet album touchant et la faire poser devant mon objectif.

Je voulais commencer par parler des « nouveautés » de cet album. Il y a des chansons que tu as créé de toute pièce.

Il n’y en a que deux, Maman est en bad et Partie Remise, mais ces chansons « imaginaires » ne le sont pas vraiment. Je ne suis pas encore capable de tout inventer. Mais j’ai réussi pour la première fois à m’inspirer du vécu de proches. L’histoire de Partie Remise, c’est un pompiste qui voit passer sa vie, il se dit qu’il l’a raté et qu’il aimerait faire autre chose. Tout le monde peut se retrouver là-dedans. Lui, se trouve à la station essence et je trouvais l’image jolie : le côté voyage, voir passer les voitures, on s’imagine très bien les vacances quand on était petit à l’arrière à se disputer avec son frère, les valises qui débordent, les coquillages… Les gens partent en vacances, vivent des vies et lui reste statique. C’est une image qui peut nous arriver aussi. J’ai parfois eu l’impression de rester statique, de voir les autres avancer sans moi. Ça parle du moment où on a l’impression de regarder passer sa vie plus qu’on ne la vit.

Est ce que cela t’a aidé d’écrire pour d’autres ?

Oui beaucoup. La chanson 18 ans m’avait été demandée pour un film. Je l’avais faite en dix minutes et je m’étais dit « c’est dingue, je n’aurais pas eu l’idée de la faire ». Finalement, elle n’a pas été retenue parce qu’il fallait un truc gai et que la chanson était triste, mais je me la suis appropriée. Je me suis rendue compte à ce moment là ou quand j’ai fait une chanson pour Amandine Bourgeois récemment, Du Temps était une chanson à moi, que je pouvais écrire des choses pour des personnes différentes. Je travaille avec Amel Bent, Loane, AuDen, ce n’est pas concret, je fais des chansons et on verra. Je me lance et me lâche car ce n’est pas pour moi et il se trouve que la chanson pourrait bien être pour moi au final. Je devrais plus écrire de cette façon, du coup, je serais un peu moins auto centrée dans mes chansons.

As-tu des routines de créativités ? Pour cet album, tu t’es enfermée dans un hôtel en plein hiver à une heure de Paris ?

Je suis une grande faignante donc je n’écris pas pendant des années, des mois et quand je décide de m’y mettre, il faut que ça aille vite et bien. Je ne suis pas une endurante : j’ai un mois pour écrire. Le premier album, j’ai écrit dans mon petit studio lorsque je me suis fait quitter, le deuxième album, période de mariage et divorce, j’ai composé seule dans un appart et le troisième album, je l’ai surtout écrit quand j’étais enceinte. Là, c’était la première fois que je vivais en couple avec un enfant qui avait déjà 2 ans. C’était vraiment ancré dans un quotidien qui, pour moi, ne laissait aucune place à la création.

La création a besoin d’ennui, je ne sais pas si tu penses à ça aussi quand tu fais des photos, j’imagine que tu prends 20 000 photos qui ne servent à rien pour en avoir une bien. Moi, c’est vraiment ça : je tourne en rond, j’écris une phrase, c’est nul, je raye, je regarde la télé, j’écoute la radio, ça me donne envie de lire un bouquin, je gratte la guitare. C’est des journées entières de rien pour arriver à quelque chose. Tu n’as plus de journées entières de rien avec une famille. Alors il était obligatoire que je parte, je me suis mise deux semaines dans ce trou, c’était pas facile. Tous les jours, je disais, je rentre, j’arrive, venez me chercher, comme je n’ai pas le permis. Je n’en pouvais plus. Et en même temps, tous les jours il se passait des choses. A la fin, je suis revenue en disant, mais j’ai rien fait, c’était horrible, et en fait, je me suis rendue compte que j’avais tout écrit. Comme j’ai besoin de matière, après je prends ma guitare et je travaille sur les textes. Je me suis laissée la liberté de ne pas tout faire toute seule. J’en ai un peu marre de composer seule et tourner en rond avec ma guitare. J’ai composé au piano aussi, que je me suis achetée. Puis, j’ai donné des textes à des amis, Loane, Medi, Laurent Lamarca, AuDen, des gens avec qui j’aime bosser. Ça s’est fait vite, très facilement et très simplement. Tout l’inverse de l’album d’avant.

Comment t’es-tu décidée à ne plus travailler seule ?

J’ai fait un séminaire d’écriture, juste après le fameux hôtel. J’ai montré le texte de Je Compte à AuDen et dans la seconde, il a composé cette musique que je trouve géniale. C’est tellement bête de laisser des trucs au placard ou de faire des chansons en disant “ok c’est moi qui l’ait faite mais ce n’est pas génial”. Je ne vois pas l’intérêt… Il vaut mieux qu’elle ne soit pas de toi et qu’elle soit bien. Par contre, je ne laisserais pas une chanson où je n’ai rien fait moi. Pour le morceau avec Jean-Louis Murat, je n’avais pas du tout de musique et j’adorais le texte. J’ai alors proposé à Loane, je savais que ce serait son truc. On travaille beaucoup la nuit avec ces gens là et à minuit, on a commencé à boire des coups, à jouer de la guitare, composer, chanter, c’était très ludique. On passe des super soirées et à 6h du matin on avait cette chanson.

Un des thèmes de l’album est le couple, la difficulté à être ensemble, la séparation, les retrouvailles… Quel est ton ressenti par rapport à cela, que le couple idéal n’existe pas ?

Je suis beaucoup revenue de tous les fantasmes que j’avais sur la vie, et pas seulement sur le couple. J’en avais tellement qu’au final tu es toujours malheureux parce que tu ne les atteins jamais : le mec idéal n’existe pas, le môme idéal non plus. Pour moi, mon fils est parfait, mais il y a toujours un truc qui cloche. Je m’attendais à faire le gosse parfait et ben non. Le mec c’est pareil en pire, et surtout le couple… Même si tu es super, lui aussi, parfois les deux ensemble, ça ne va pas être top ou au contraire, deux personnes horribles ensemble, ça va cartonner. Le problème est l’association de deux personnes distinctes et différentes, on ne sait pas ce que ça peut donner quand on tombe amoureux. Il y a ce film rigolo qui s’appelle Divorces, la phrase d’accroche était “L’amour rend aveugle, le mariage lui rend la vue”. C’est vraiment ça, quand l’amour passion se dissipe, tu te dis “ah non mais quand même”, et après ce n’est qu’une question d’efforts de chaque coté. Est-ce qu’il y a assez d’amour pour avoir envie de faire assez d’efforts ? Est-ce qu’il y a assez d’efforts pour être autant amoureux ? C’est un bordel pas possible. Je crois qu’il n’y a rien de plus compliqué que le couple.
Plus on vieillit et plus c’est dur. Si on arrive à être ensemble à 17 ans, je pense que c’est plus simple. Mais quand on a eu plein d’histoires et qu’on retrouve des gens à un âge avancé, à 35 ou 50 ans, on a pris des habitudes et c’est très compliqué.

Je de société fait partie de mes chansons préférées. Tu as un blog, quel est ton rapport à celui-ci, c’est un lien quand tu n’es pas sur le devant de la scène ?

Le blog, Facebook, Twitter, les photos, les selfies…. Ce morceau dit « tu » mais c’est moi, et en même temps je ne veux pas être cette personne là. Je trouve ça horrible de devoir attendre l’amour d’un pouce pour être heureuse. Il suffit qu’on te like pour que tu aies l’impression qu’on t’aime, c’est devenu complètement fou. Aujourd’hui, j’ai ce besoin là, surtout avec mon métier. De toute façon, les artistes ont besoin d’amour, c’est pour ça qu’ils sont artistes. On a besoin de se sentir aimé, apprécié, quand on a une nouvelle critique, on ne peut ne pas en dormir. On est des gens très sensibles à la base et on ressent tout puissance 20. Donc l’amour des gens puissance 20, il nous rend euphorique et le désamour aussi. Quand un album ne marche pas, qu’on passe de 600 000 à 60 000 albums vendus, on se dit qu’il y a 100 fois moins de gens qui nous aime. C’est beaucoup. Quand on disparaît parce qu’on écrit un album, les gens pensent qu’on n’est plus là, ça fait mal. Mon but est de ne jamais disparaître. Je ne supporte pas qu’on m’oublie. C’est pour cela aussi que je tiens un blog, que je suis sur Facebook, pour montrer que je suis là. « Il faut qu’on sache que tu existes. » Aujourd’hui malheureusement, ça passe beaucoup par les réseaux sociaux, surtout bien faire marrer les gens, surtout montrer qu’on a acheté ceci, surtout on poste ce qui nous arrange. C’est la réalité de A à Z, de cette génération là.

Dans Comme Avant, tu dis « J’ai pris un destin qui en renfermait 100″, de quoi voulais-tu parler ?

C’est comme ça la vie, chaque décision en amène à 100 autres. C’est une illustration de ces branches, à chaque fois que tu fais un choix, tu prends le métro ou le taxi, il va se passer 1000 choses différentes. Le jour où j’ai décidé de me lancer avec le papa de mon fils par exemple, alors que ce n’était pas le moment, que ce n’était pas prévu, je divorçais, cette décision a tout changé dans ma vie, j’ai fait autre chose, j’ai rencontré d’autres gens, il s’est passé des milliards de choses différentes que si j’étais restée au fond de mon trou ou si j’avais essayé de reconquérir le même homme ou si j’en avais rencontré un autre. Je m’en veux car j’ai mis « renfermait 100″ mais j’aurais aussi voulu dire « qui en refermait 100″. Tu en prends un qui t’amène 100 voix, et en prenant cette voix tu en refermes d’autres. J’aurais du dire les deux, celui là dans un autre refrain. Je vais le chanter sur scène comme ça.

J’avais adoré le film Pile et Face avec Gwyneth Paltrow où elle se fait virer de son boulot. Au moment où elle prend le métro, il y a un slipt screen où dans l’autre partie, elle le rate. A partir de ce moment là, tout va changer : elle surprend son mec au lit avec une nana. Elle pleure, et finalement, elle s’accomplit mille fois plus que dans la vie où elle ne l’a pas surpris. Je trouve que c’est incroyable, tout ce qui peut arriver en changeant un détail. C’est comme la rencontre improbable avec mon amie Johanna à la fac qui a changé ma vie. Tout le monde prend un destin qui en renferme 100.

Quels sont tes projets pour demain, au delà de la tournée ?

Je ne pense vraiment qu’à cela en ce moment, je suis en plein dedans, comme je répète. Aujourd’hui, c’est la scène, la Cigale, puis après les Francofolies et la tournée de la rentrée. Évidemment, j’essaye de me diriger vers l’écriture pour les autres au maximum et de rencontrer des gens en ce sens. A long terme, j’aimerais être un auteur qui pèse dans la chanson française, à qui on va demander des textes souvent. C’est le but. Aujourd’hui, c’est plus cela ma carrière, il ne faut pas se limiter à vendre des disques, on ne sait pas où cela va. Après, je chanterai toujours, je ferais toujours mes disques, succès ou pas succès en fait. Je serais très malheureuse si cet album tombe à plat parce que je le trouve réussi et abouti, qu’il représente vraiment une génération. Je pense qu’il a vraiment quelque chose à apporter, avec des messages. J’ai adoré beaucoup d’albums qui sont tombés à plat comme celui de Laurent Lamarca ou Loane alors qu’il y avait des chansons énormes. Malheureusement, ce n’est pas toujours la qualité qui fait la différence.

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2 Commentaires

  • Merci pour cette interview de Rose que je suis également depuis ses débuts…
    Et sur Twitter également ;)
    J’ai hâte d’écouter ce 4ème opus en tout cas !

  • Belle interview d’une bien belle personne … Superbe duo avec Jean-Louis MURAT …

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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