Je connais Séverin depuis le jour où j’ai décidé d’emménager à Paris. Je l’avais vu sur scène accompagné de Lafayette lorsqu’ils formaient le duo punchy One Two. Tout cela semble à des années lumières avec ce nouvel album tant il se livre avec sincérité, tel qu’il est. Séverin avoue qu’il s’est cherché longtemps mais j’ai toujours eu conscience de sa valeur, et je l’ai vu évoluer. Ça ira tu verras est un album qui passe trop vite entre légèreté et profondeur, avec cette interlude au milieu pour faire une pause et introduire un morceau plus frontal. C’est lors d’une matinée froide hivernale qu’on s’est retrouvé dans son appartement studio où j’étais déjà allée précédemment, discutant ensemble, comme un vieux copain retrouvé.

Cela fait un moment qu’on ne s’est pas vu. Qu’as tu fait depuis ton mariage, et la chanson Le Dernier Souffle, l’un des derniers titres que tu avais écrit pour une chanteuse ?

J’ai monté mon label et commencé à produire des gens : le groupe Teeers qui va sortir leur premier album l’année prochaine. J’ai écrit mes chansons et aussi monté le studio ici, l’album a été enregistré ici, on peut désormais faire des prises définitives. Mais j’ai un peu arrêté d’écrire pour les autres, je n’en ai plus tellement envie.

Pourquoi as-tu eu envie de créer ton label ?

Pour être libre et faire du développement d’artistes parce qu’aujourd’hui les labels ne le font pas, pour des raisons simples: ils n’ont pas le temps et l’énergie à mettre là dedans. Cela a commencé avec les Teeers, je me suis dit que j’avais un rôle à jouer car le groupe est trop petit pour qu’un label mette de l’argent dessus. Cela m’a amusé de faire de la direction artistique et de les aider. J’aurais aimé que quelqu’un puisse m’aider ainsi quand j’ai commencé la musique à 18-19 ans.

On va maintenant parler de ton album. J’ai eu l’impression qu’il y avait une certaine nostalgie, notamment avec les titres Poli et Contrôle ta Samba, mais aussi par la musique avec les cordes, un côté 70s et ensoleillé.

Je voulais changer ma façon de travailler : comme beaucoup de gens, je faisais beaucoup de maquettes puisqu’on peut le faire avec son ordinateur, puis j’allais en studio les rejouer. Je voulais arrêter l’ordinateur pour être dans quelque chose de plus sensible et fragile. Ambroise (de SAGE) m’a aidé pour mettre ça en place et jouer directement en live.
Tous les morceaux ont été enregistrés en une seule prise de studio et les prises de voix, notamment sur ADN ou France, au moment où l’on jouait. Les cordes vont dans ce même sens, je ne voulais plus de synthé, même si j’en ai mis beaucoup par le passé. Je voulais que tout soit très organique, fragile, et les cordes allaient dans ce sens là. 70s je ne sais pas mais que je voulais que ce soit chaud.

Est-ce que le côté ensoleillé vient de ta femme Kiwi ?

Oui, clairement ! Je me fais souvent influencer par les histoires d’amour que je vis. Pour l’album Cheesecake, j’étais célibataire donc j’ai fait chanté plein de filles. C’est sur que grâce à elle, j’ai découvert toute la musique brésilienne que je connaissais pas du tout et cela m’a influencé.
Mon père était directeur de RFI quand j’étais petit. Tous les concerts où j’allais étaient du zouk. Le premier concert que j’ai vu, je me souviendrai toute ma vie, c’était Papa Wemba. Cela m’a influencé aussi. Le Brésil, c’est génial comme culture.

Un mot sur France. J’ai repensé à ta pochette de l’EP bleu blanc rouge où tu voulais te réapproprier les couleurs de la France. Un côté chauvin ?

J’ai toujours eu ce sentiment mais en grandissant et le fait d’être marié avec une étrangère, je me sens de plus en plus français. Je voyage plus aussi, je vais dans sa famille et je suis le pire des français, à essayer de répérer dans un restaurant français s’ils surjouent pour garder l’accent alors qu’il sont là depuis 30 ans, le “syndrôme Jane Birkin”. Quand j’étais avec mon groupe One Two et qu’on faisait les tournées en Allemagne, la France me manquait au bout de 3 semaines. Plus je suis à l’étranger, plus je me sens français.

La chanson ADN est celle qui m’a le plus parlé, elle m’a beaucoup émue et touchée. J’ai perdu ma mère aussi.

Aaaaaah, tu fais parti du club (rires)

Forcément cela marque dans une vie une expérience comme celle-là. Tu avais déjà chanté “Sous les graviers”, quel rôle cela a eu dans ton chemin de vie dans la musique ?

Comme tout le monde, des évènements majeurs comme celui-ci influencent ta vie. Probablement si mon père était en vie, je ne ferai pas de musique.

Tu penses ?

Je ne peux pas savoir mais la pression que j’ai pu de ma mère après le bac n’était pas la même du fait que mon père était parti. Cela remet un peu les choses en perspective et elle m’aurait probablement plus martelé dans la tête pour que je fasse des études classiques et cela m’aurait éloigné de la musique. Cela a mis un vent de liberté pour moi et mes frères. J’ai un autre frère qui est photographe. Cela a été un moment crucial aussi dans sa vie, dans le sens où “vas-y je fais ce que je veux”.

Dans cette même chanson, il y a une phrase que je ne comprends pas : “Ce qui nous dépasse ne devrait pas tous nous unir”

La thématique de la chanson est sur la manière dont je vis le deuil aujourd’hui. Je suis d’origine catholique, mais je ne le vis pas du tout dans la religion, je le vis plutôt personnellement et je sens l’importance de mon père dans la vie de tous les jours. C’est le coté “brûler des cierges” et tout… Ce n’est pas comme cela que je le vis.

Avec Poli et Côntrole ta Samba, on dirait qu’il fallait quand même être un peu droit et pas trop dépasser.

Je suis devenu musicien, pas punk rocker (rires). C’est ce que j’ai découvert avec la culture brésilienne : le laché prise que je n’avais pas. J’ai été élevé comme çà. Dans les chansons brésiliennes, tu retrouves de la liberté. Ma femme est plus expressive, ils font des repas de familles de 5 heures où ils s’engueulent et à la fin ils s’embrassent. Dans ma famille, si tu t’engueules, tu ne te parles plus pendant deux ans. C’est toujours quand tu sors un peu de ton monde, en découvrant une autre culture, que tu découvres des choses. Je me suis découvert super poli, à toujours faire des efforts pour que tout le monde s’entende bien… Je ne me suis jamais engueulé, j’essaye d’accepter maintenant que ça puisse arriver.

Je ne t’ai jamais posé la question… Quel a été le déclic pour faire de la musique ?

J’en ai eu plusieurs. Le premier a été l’écoute de l’album de Led Zeppelin II, pourtant ça ne se ressent pas dans ma musique. Je me souviens d’avoir été stoché dans le bus scolaire, c’est le disque que j’ai le plus écouté de la mvie. Il a eu un impact fou et j’ai su que c’était ça que je voulais faire.
Il y a eu d’autres moments comme le jour où j’ai fait écouter mon premier cours de guitare enregistré sur cassette à mon père, où j’avais trouvé quelque chose que je faisais bien. Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant que je voulais faire des chansons, mais à partir du moment où tu vois que n’est pas mauvais, tu l’affines. Aujourd’hui je vois pas tellement ce que je pourrais faire d’autres. Il faudrait tout recommencer à zéro, de la menuiserie peut-être ?

As-tu un conseil pour les jeunes talents, d’autant plus que tu en accompagnes certains maintenant ?

Le conseil, et je crois avoir réussi avec ce disque, est de faire la musique qui nous correspond le mieux. En étant musicien, tu peux faire du rap, du raggae, du rock… Tout est possible avec l’ordinateur. Le plus dur c’est de trouver la musique qui te correspond. J’ai l’impression de m’être beaucoup cherché et d’enfin avoir trouvé ce qui est totalement en adéquation avec qui je suis au naturel, ça triche pas du tout. L’objectif est de trouver ça le plus vite possible.

Quel est ton remède dans les moments down ?

(rires) Il y en a plein mais dernièrement j’ai découvert le sport. Quand j’ai des gros coups de barre le matin, je fais une heure de Velib’ dans Paris et ça marche. J’essaye aussi de vivre dans l’instant présent, c’est bateau mais je n’avais jamais essayé (rires) et partir en voyage…

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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