Demain est nominé aux Césars dans la catégorie meilleur film documentaire. Si vous l’avez déjà vu, vous n’avez pas pu passer à côté de sa bande originale composée par Fredrika Stahl. Elle fait partie intégrante du voyage, avec ses paroles qui tombent pile sur les images. Pendant neuf mois, Fredrika s’est offert une pause créative loin de ses projets personnels assurant la production de six chansons alternant avec des parties instrumentales. Elle a été très sensible au projet du film en apprenant leur campagne crowfunding et a senti que cette thématique l’appelait. Elle a fait passer sa chanson The World To Come qui n’était pas en accord avec le positivisme du film, et pourtant sur les images du constat négatif, la magie a opéré. C’est ainsi que sa collaboration avec Cyril Dion et Mélanie Laurent a commencé.

C’est dans les locaux d’une agence de presse que je l’ai retrouvée, assise sur un canapé avec un thé. Fredrika est magnifique, passionnante et on la sent à tort un peu trop modeste. Sa sensibilité m’a réellement touchée. J’ai flashé sur son collier triangles et elle m’a fait remarqué qu’on avait les mêmes chaussures Jonak ! On a bien ri à cette remarque. C’était une véritable rencontre coup de coeur, autant que lorsque j’ai rencontré sa musique lors du visionnage de Demain. Je rêve d’ailleurs de faire d’autres visuels pour elle un jour.

4 albums à ton actif, écriture pour Christophe Willem, Pop’Pea au Théâtre du Châtelet et maintenant une bande originale de film… Est-ce que tu aimes appréhender la musique dans tous ses exercices ?

C’était très important pour moi de faire mon truc toute seule et de ne pas avoir d’autres gens impliqués. Au bout du troisième album, j’ai commencé à vouloir une expérience artistique dans le partage. J’ai toujours tout composé toute seule, je n’ai pas de groupe et j’ai souvent changé de musiciens pour les tournées.
L’occasion s’est présentée pour Pop’Péa. Au début, je me prenais la tête en me disant que ce n’était pas vraiment en ligne avec ce que je fais musicalement, et après, j’ai juste lâché prise : ce n’était pas mon projet et je me mettais dans la peau de quelqu’un d’autre. Finalement cette expérience m’a fait beaucoup de bien et j’ai beaucoup appris. Il y avait un metteur en scène, un arrangeur ; j’étais plus là pour me laisser emporter par les autres. Quand je suis revenue sur mon projet, j’étais contente de le retrouver et de prendre les décisions, mais j’ai besoin de cette recréation et surtout des rencontres. Faire autre chose est très nourrissant.

Pour le film, c’est un peu différent, j’étais au service des images et des réalisateurs mais ils m’ont vraiment donné carte blanche. Cyril Dion, avec qui j’ai surtout échangé au quotidien, me demandait de proposer des choses et on n’a jamais rien jeté. Il y avait des modifications bien sûr, mais du coup, j’ai vraiment l’impression d’avoir fait un album personnel, même si je n’aurais jamais abordé ces thèmes là sinon à part The World To Come, la première chanson que j’ai écrite avant d’avoir vu le film.

Cela doit être impressionnant de voir ses musiques jouées par un orchestre.

C’est le moment le plus fou ! J’ai toujours travaillé avec des orchestres sur chaque album. J’avais justement dit à Cyril qui ne pouvait pas venir pour les enregistrements, que s’il y avait un moment à ne pas rater, c’était ce jour là. C’était une séance de trois heures avec trente-six musiciens. Cyril était scotché. C’est dingue d’entendre un orchestre jouer ce que tu as composé dans ta chambre. En plus, tous les musiciens étaient très impliqués dans la cause et ont fait beaucoup d’efforts.
Au final, toute la musique n’est pas utilisée dans le film mais je tenais à chaque fois à faire une version complète pour ne pas me retrouver avec plein de petits bouts. Je voulais que cela puisse s’écouter comme un album. C’était beaucoup de boulot mais c’était une super expérience !

Qu’en retiens tu ? En quoi cela t’a enrichie pour tes futurs projets ?

J’ai adoré travaillé sur des images. Maintenant j’aimerais beaucoup travaillé sur un film et non plus sur un documentaire. Après, c’est vraiment un film important et je suis très fière d’y avoir participé. Cela m’a beaucoup plu mais je me suis rendue compte que je ne pouvais pas faire que ça. Il n’y a pas de concert autour de la bande originale, c’est rare d’en faire, c’est quelque chose qui commence à me manquer car cela fait un moment que je suis sur d’autres projets que les miens. Il faut vraiment que je fasse un nouvel album pour pouvoir tourner quitte à reprendre des chansons du film. Je ne peux pas vivre sans faire mon projet et en même temps quand je suis trop dedans, c’est suffocant aussi donc je pense que j’ai trouvé un bon équilibre.

Tu as dit dans une interview que tu avais tout réalisé sur cet album et que pour la suite, tu étais prête à laisser de la place à l’autre…

J’ai voulu tout gérer de A à Z, c’était important que je le fasse. Ça définit mieux le rôle du réalisateur. Ça m’a aussi permis de me trouver artistiquement en réalisant quelque chose qui me représente à 100%. Je me rends compte de là où je pourrais avoir besoin d’aide ou ce qu’on pourrait m’apporter en plus. Il faut être sûr de soi pour laisser de la place, sinon on peut vite se faire envahir et perdre le contrôle. Maintenant, je sais ce dont je suis capable et ce que j’aime, maintenant j’aimerais bien être surprise.

En voyant le film, j’ai compris que même à notre échelle, on peut commencer à faire des choses. Que fais tu concrètement au quotidien ?

Ce film m’a pas mal bouleversée. Tu imagines bien que quand tu passes des mois à regarder les images en boucle, tu ne peux pas passer à côté du message.
Je fais plus attention au recyclage, à ce qu’il n’y ait pas 3000 emballages. J’ai acheté un vélo électrique aussi, même si je me suis toujours déplacée en métro. J’essaye de faire plus attention à ce que j’achète, c’est là qu’on a le pouvoir.
Il y a encore beaucoup de chemin, des habitudes à casser, il faut déjà les identifier et faire autrement. En tout cas, ce film fait du bien et c’est important car on a tendance à remettre toute la responsabilités sur les autres, la politique etc. Là, on voit concrètement ce qu’on peut faire nous, comme la monnaie locale qui m’a vraiment inspiré.

Cela fait longtemps que tu vis en France et tu es suédoise, est ce que cela a changé des choses pour toi ?

Je suis un vrai mélange des deux : j’ai un côté très suédois, aussi bien musicalement que dans ma façon d’être, je suis assez timide, j’aime quand les choses sont carrées. Et en même temps, quand je vais au Suède, c’est trop carré, cela me déprime… Je ne me vois pas quitter Paris. Je me sens vraiment suédoise, mais je me sens à la maison ici.

C’est toujours durs quand on commence une carrière artistique, tu avais 17/18 ans. Tu disais que tu étais en paix aujourd’hui avec ton hypersensibilité ?

Disons qu’au moins aujourd’hui, j’arrive à en faire quelque chose. J’ai compris que je ne pourrais pas exercer ce métier si je n’avais pas cette sensibilité là. Je suis très mélancolique, il y a beaucoup de hauts et de bas. Travailler dans ce milieu renforce encore plus la chose, il y a aucune stabilité, rien n’est sûr, en une seconde tout marche et l’autre d’après, tu ne vaux plus rien.
J’ai commencé tôt. C’est bien parce que tu ne perds pas de temps. On se cherche musicalement au début. Même si je ne regrette pas avoir fait un album jazz, je n’arrive pas à me détacher de cette étiquette. Je n’aurais pas trouvé mon style en commençant cinq ans plus tard, il fallait que je passe par là. Je fais de la pop mais j’ai des influences jazz dans la manière de chanter ou dans les arrangements. J’essaye de me dire que tout a un sens.
C’est un métier difficile, surtout quand tu as 18 ans et que tu es une fille. J’étais partie de la Suède, j’étais seule. Heureusement que je composais mes morceaux, cela m’a sauvé. Quand j’avais signé avec ma maison de disque, on voulait que je fasse de la pop en français. Je voulais chanter mes morceaux et du coup, je gardais le contrôle. J’ai eu un éditeur de suite comme j’étais auteur compositeur et il a défendu le fait que je compose mes propres titres. C’était vital, sinon j’aurais pu me laisser embarquer par des directeurs artistiques qui ne pensent pas au long terme, ils veulent que cela marche et se vende rapidement. Si l’artiste est “mort” six mois plus tard, ils s’en fichent et passent à autre chose.

Quels conseils as-tu pour les jeunes talents ?

Chaque situation est différente, il y a des gens qui ont des managers, d’autres pas. C’est important d’avoir une personne objective quand il y a des contrats à négocier, même si on n’a pas d’argent au début. C’est toujours bien de prendre un avocat qui n’est pas « le pote de »… Quelqu’un de vraiment extérieur qui puisse défendre tes droits sans qu’il y ait des conflits d’intérêts. Je connais plein d’artistes qui ont signés des contrats et se sont retrouvés coincés sans pouvoir rien faire.
Je suis auteur compositeur, c’est quelque chose qu’il ne faut jamais oublié, c’est un métier à part. C’est déjà difficile d’avoir une identité différente par rapport à cette jungle d’artistes donc si tu as la chance de pouvoir écrire, il faut se battre.

Qu’est ce que tu fais pendant les moments down ?

(rires) J’essaye d’écrire justement, je me dis qu’au moins cela reste productif. Après quand ça va vraiment pas c’est très difficile… mais jouer de la musique ou en écouter fait beaucoup de bien. On se retrouve dans une musique mélancolique, on se dit que c’est un état d’âme assez commun.
L’important est de ne pas tomber dans le destructif, de toujours en faire quelque chose pour pas que cela ne serve pas à rien.

On parlait des images, est-ce que tu aimerais avoir des visuels plus forts pour tes albums ?

J’ai toujours été frustrée à ce niveau là. Quand je fais de la musique, j’ai des images en tête, c’est pour cela que j’ai voulu faire de la musique sur des images. J’aimerais bien trouver, j’ai essayé des choses mais je n’ai pas trouvé le bon match.
Quand j’ai vu le film Melancholia, j’ai été complètement sonnée, c’est des images comme cela que j’ai en tête.

Tes motivations pour le futur ?

J’aimerais bien me concentrer sur mon projet, je n’arrive pas à faire deux trucs en même temps. Il faut que je m’isole pour écrire. Je suis contente que le film marche, j’ai encore un peu de promo pour le film et après je partirai m’enfermer quelque part.
Les super projets arrivent toujours de manière inattendue. J’espère que des nouvelles choses arriveront…

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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