J’ai été élevée dans une famille qui a vécu la guerre. Qui en avait peur à chaque coin de rue. Ma grand mère me racontait qu’ils essayaient toujours de se relayer lorsqu’ils sortaient afin que les enfants puissent toujours compter sur un parent et ne se retrouvent pas orphelins.

Les coups de feu. Les militaires dans la cour d’école. Les éclats de verre comme celui tombé sur la chaise à deux cm de ma mère. Ces souvenirs se mélangeant à ceux de la guerre précédente : les couvres-feux, les vitres teintées de noir, les sirènes, le rationnement de nourriture.

La peur au ventre, partagé entre les différents partis, se faire petit, être un citoyen invisible pour poursuivre sa vie et espérer partir.

Mes grands-parents ont fui, ont hésité sur la destination et ils ont eu l’assurance d’une mutation. Boucler toutes leurs affaires pour prendre le minimum et le plus précieux. Espérer voir leurs biens à l’arrivée, l’espoir d’une vie nouvelle. De simples biens résultant d’un dur labeur. Quitter les uns et les autres sans un mot. La boule au ventre, partir. Être d’honnêtes gens. Quitter son pays, ces belles bâtisses blanches et la mer. Fuir pour pouvoir vivre.

Voilà les souvenirs avec lesquels j’ai été élevée. Outre la nostalgie d’un endroit et d’un temps révolu, j’ai toujours senti la douleur et le tiraillement dus à une douleur autre que celle des aléas de la vie. Je n’ai jamais pu comprendre la peur de ma grand-mère quand je rentrais tard le soir ou quand j’allais à un événement avec une foule… Jusqu’au 13 novembre dernier.

Déjà en janvier, la mémoire était là. Irrationnelle mais bien réelle.

Je suis le fruit d’une génération sans peur, tranquille et bien loin de tous ces tracas. Une génération de paix qui ne sait pas ce que c’est de manquer. On ne fait pas trop de stocks dans les placards et on ne cherche pas une utilité ou à réparer tout ce qu’on a sous la main, même si cela tend à changer, écologie oblige.

J’ai toujours pensé que ma grand mère avait eu une existence un peu hors du commun, de part son histoire familiale, ses innombrables anecdotes avec ses oncles et ses tantes, son caractère, faire face à tout ça… Peut être que cela l’avait forgé. Mais il en a fallu du courage pour vivre dans ces milieux méfiants et hostiles. Je l’ai toujours admirée pour ça.

Aujourd’hui, quand j’entends les termes coups de feux, explosions, je suis triste et j’ai parfois peur que la paix soit finie. Je pense à eux et je ne sais pas si j’aurais leur courage… Comme si, eux, avaient eu le choix.

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1 Commentaire

  • C’est important de lâcher ses maux / mots. C’est à la fois un acte de courage et un acte salvateur. Bravo !

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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