“On s’est déjà vu quelque part ?” “C’est mon anniversaire !” Ce sont les premières phrases que j’ai échangé avec Mamfredos lors d’un après concert où on se jurera de ne plus oublier nos prénoms ! Une rencontre peu banale qui donne aujourd’hui, une jolie collaboration photo pour la sortie de son EP Changement de Saison.

Mamfredos est un personnage intriguant, qui peut paraître déstabilisant au premier abord. Mais quand on creuse un peu, on perçoit toute sa vitalité. Cette autodidacte se nourrit de son entourage et de son vécu. C’est la guitare qui la trouve par hasard quand elle convoitait celles de ses voisines et le piano qui lui ouvre finalement de nouveaux horizons pour s’exprimer.
De la Grèce, elle retient quelques souvenirs d’enfance sur cette île idyllique avec son père perdu trop jeune, la pêche et des éponges. Une soeur créatrice - dont elle porte les chemises sur les photos – et une mère architecte peintre. Pas étonnant que Mamfredos se soit tournée vers la création, influencée par le jazz écouté avec son père et sa grand mère maternelle. C’est tardivement qu’elle rencontre la chanson française, ce dont on a du mal à croire tant ses chansons s’inscrivent parfaitement dans ce registre, avec ce faux air de Niagara dans Circa.

Une artiste riche, déterminée qui ne fait pas tout à fait les choses comme tout le monde. Avant la séance, elle avait des images plein la tête, et moi aussi, ce fût un échange fluide et enrichissant, autour d’un petit déjeuner au Aloah Café.

D’où vient cette approche facile que tu as auprès des gens ?

Je n’en ai pas la moindre idée. J’étais très timide petite, je ne sais pas à quel moment ça a basculé. C’est ma curiosité qui fait que j’ai une facilité à approcher et discuter avec l’autre. Si je rencontre des gens qui ont le même métier que moi, c’est un moyen de connaître leur vision, d’enrichir mon travail. Si c’est quelqu’un qui n’est pas dans le même domaine, c’est connaître, car j’adore apprendre… Plus je rencontre des gens différents, plus je constate que tout est lié et qu’on trouve des correspondances… Cela m’amuse de trouver où on peut se retrouver ou diverger et pourquoi. Ca m’intéresse d’analyser ça et ça me pousse à rencontrer des gens facilement. Je ne me pose pas la question, pour moi c’est une évidence. Sans l’autre, je n’existe pas. J’ai envie de partager le plus possible, c’est d’ailleurs pour cela que je fais de la musique.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la musique professionnellement ?

Je me suis rendue compte que j’avais besoin de beaucoup m’exprimer. J’ai choisi ce médium, mais cela aurait pu être autre chose, mais c’est celui que j’ai le plus travaillé et que je maîtrise le plus. Je fais aussi mes visuels car c’est dans la continuité, beaucoup de choses se retrouvent également dans l’image. Je suis architecte du son, quand j’arrange, je décide du silence, du plein et du vide, c’est de la construction.

Quelles sont tes pêches à l’inspiration ?

Le quotidien : il est assez mouvementé depuis que je suis jeune , comme je suis assez vivante, cela provoque un bon nombre de situations et de rencontres…
J’ai commencé à écrire des chansons quand j’étais à la fac et je faisais une double licence LEA Anglais Chinois et médiation culturelle musées et patrimoines. cela m’a beaucoup nourri. Quand la musique a pris beaucoup de place, je n’avais plus le temps de faire les deux correctement et le choix a été évident. La sprezzatura (une nonchalance maîtrisée qu’elle a tatoué sur le bras ndlr) ça vient d’un cours d’histoire de l’art. Avec cet EP et l’album qui arrivent derrière, je me suis vidée et maintenant je sens qu’il faut que je me nourrisse de nouveau. Je n’écoutais plus rien, si ce n’est mes classiques de jazz. J’ai envie d’écouter du RAP, de l’électro, refaire des expos afin de pouvoir le digérer et continuer.

Qu’est ce que tu fais pendant les moments down ?

J’ai beaucoup évolué. Je suis assez sensible, sinon je ne ferai pas de musique et avant c’était très dur, je ne supportais pas ces phases. Je suis insomniaque donc c’était intensif : je pouvais faire de la musique jour et nuit. Certaines chansons, comme Trop Tard, sont nées ainsi. Maintenant, je sais que ça remonte donc je gère beaucoup mieux. Je laisse couler, j’essaye chaque jour de faire de la musique mais je ne force pas. Si cela ne vient pas, je fais autre chose : je regarde un film, je jardine…

Quels conseils as-tu pour les jeunes talents ?

Je vais donner le conseil que Helena Noguerra m’a donné. C’est elle qui m’a aidé à franchir le cap et poussé à chanter. Elle m’a toujours dit « Il ne faut rien lâcher, c’est la persévérance qui fait la différence. Les gens qui ont du talents, il y en a plein… »
Il faut aussi s’entourer et avoir les épaules car c’est dur. Je pense que tous les métiers sont difficiles vu l’époque dans laquelle on vit mais la musique, c’est compliqué. On le sait, on fait quelque chose qui nous plait donc il faut s’en souvenir. Parfois, j’ai envie de m’arracher les cheveux mais je prends du plaisir aussi et il faut tenir.

Tes motivations pour demain ?

J’ai envie de continuer la musique de film. Quand je compose et j’arrange, j’ai des images dans la tête.
Réaliser des disques pour d’autres me permet un équilibre. Je m’épanouis en faisant de la musique seule car je vais au bout de mes idées : c’est mon laboratoire. Quand je bosse avec d’autres, c’est passionnant de découvrir des façons de composer, des voix et des envies dont il faut s’approcher le plus possible. Ma mission est alors d’essayer de traduire une pensée. L’arrangement ou la réalisation, c’est quand l’artiste ne peut pas le faire, c’est le prolongement de son idée. J’aimerais beaucoup continuer à bosser pour d’autres.
J’aime mon laboratoire mais le partage avec d’autres est intéressant, on y revient…

Sur ton album, il y a beaucoup de featurings : Robi, Sylvie des Brigitte, Walter $hnorkell…

Comme j’ai une petite famille, j’adopte des gens. Western Biberon est une chanson particulière pour moi, donc il fallait quelqu’un de proche. Walter est acteur donc il sait balancer les mots, c’était une évidence.
Je trimbale ces chansons depuis longtemps, je les ai réarrangé dans tous les sens dans ma solitude, j’avais l’envie de les partager avant que cela sorte. Cela donne aussi une texture dans les chansons et c’était une envie de partager cela avec des gens que j’adore artistiquement et humainement.

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1 Commentaire

  • Super ! :-) jolies photos, belle interviees! Bravo ancienne collegue de mediation culturelle ;-)

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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