Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai découvert Mélanie Pain. J’ai l’impression qu’elle a toujours été là. Ce qui est sûr c’est que je l’ai vu en duo avec Julien Doré sur Helsinki ou écouté en boucle La Cigarette ou Ignore-Moi.
Si elle continue sa collaboration avec Nouvelle Vague, elle n’en oublie pas son projet personnel. Elle revient avec Parachute qui renferme des textes forts et un habillage plus électro. C’est à Lapérouse qu’on s’est rencontré et qu’elle a accepté de se livrer naturellement et sincèrement sur son parcours et ses choix de vies. Elle joue ce soir au Jazz Club Etoile à Paris.

La musique n’a pas été une évidence pour toi, quel a été le déclic qui a fait que tu t’aies dit “je laisse tout le reste de côté et j’y vais” ?

C’était le premier concert avec Nouvelle Vague le 1er mai 2004 : on avait enregistré l’album, je suis tombée là dedans un peu par hasard et cela s’est enchaîné très vite. Nouvelle Vague commençait à bien buzzer. Ce soir-là au Café de la Danse, c’était le premier concert de ma vie avec Camille et toute la presse, Je me suis dit « Soit c’est la catastrophe et j’arrête tout, soit je vois ce qui se passe ». J’avais décidé que ce serait un moment clé et ça l’a effectivement été. J’étais là « tout ce que j’ai fait avant, ça ne sert à rien, toutes les émotions que j’ai eu en une soirée, ce n’est pas possible autrement, ça va remplir ma vie ». A partir de là, j’ai quitté mon boulot et je suis partie en tournée avec eux. La chance que j’ai eu est que cela s’est bien enchaîné, on a fait des centaines de concerts, puis des gens m’ont proposé de belles chansons. J’ai ensuite commencé à écrire et voilà.
Le déclic, ça a vraiment été ce concert au Café de la Danse, je m’en souviendrai toujours.

Tu as quitté ton boulot, tu n’as pas eu peur ou d’appréhension ? Tu avais quand même fait des études pour…

Je ne me suis pas vraiment posée de questions, c’était évident pour moi. Il fallait que je tente l’aventure. En une journée, j’ai découvert que j’étais une autre personne. Chanter pour des gens, j’ai trouvé ça juste incroyable. J’avais envie de chanter mes chansons après. Je gagne moins d’argent qu’avant, et de moins en moins vu l’univers de la musique mais je n’ai jamais regretté. C’est énorme au niveau expériences. Tous les jours je suis surprise, il se passe des trucs. Je contacte des gens avec qui je peux travailler… J’ai une liberté que je n’ai jamais eu avant.

Qu’est ce qui t’a le plus marqué depuis 10 ans de carrière ? Si tu ne devais choisir qu’un seul souvenir qui justement ne te fais pas regretter cette aventure ?

Plein de petites choses, mais une fois j’ai reçu un message par Facebook d’une personne qui avait écouté mon album et qui m’a dit « C’est incroyable, la chanson Helsinki, c’est mon histoire, c’est exactement ce que j’ai ressenti, j’ai des frissons à chaque fois que je l’écoute. Comment avez-vous fait pour raconter ça ? ».
Ce genre de petit retour est très précieux, je sais ce que c’est, je suis aussi fan de musique, écouter un morceau qui te donne la chair de poule, qui te fait pleurer, te rend heureux, qui fait tout ça en même temps… La musique crée tellement de réactions immédiates et incontrôlables pour l’auditeur que de penser que je peux provoquer ça chez des gens, c’est génial ! Partager une histoire qui m’est personnelle et découvrir qu’une personne que je ne connais pas du tout a vécu la même chose et ressenti les mêmes sentiments… C’est tellement riche comme expérience, tous les jours je sais pourquoi j’ai choisi ce métier.

Tu as appris à écrire et faire de la musique. Qu’est ce qui t’inspire et en particulier pour cet album ?

Pour les deux autres albums, je m’étais inspirée et me nourrissais de pas mal de choses extérieures : je lis beaucoup donc de bouquins, d’histoires d’amis…
Sur ce troisième album, j’ai vraiment décidé de ne plus raconter des histoires mais des émotions. J’avais des choses qui m’angoissaient, des peurs, des choses assez lourdes que j’avais en moi et que j’avais envie de l’exprimer par des notes, des mots et des mélodies. Pour celui-là, je suis restée très seule au piano pour essayer des choses. Dans une chanson, je voulais parler du deuil, il fallait que je trouve le bon mot et la bonne émotion. Donc là, au contraire, je ne lisais plus, je n’écoutais plus de musique, j’essayais d’extraire de moi des choses, ce que je n’avais jamais osé faire en fait. Il était temps pour moi, j’avais toujours mis de la distance entre les textes et moi même car ce n’est pas facile de parler de ce qui est vraiment important, mais j’avais envie de le faire pour cet album.

Comment tu as réussi à poser les mots ? Ce sont des textes très imagés et très beaux.

J’étais contente car c’était assez dur, j’ai eu beaucoup de doutes en écrivant ça.. Est-ce que c’était les bons mots ? En le faisant, j’ai trouvé mon écriture… Je n’essaye plus d’imiter des chansons folk ou des types d’écritures que j’aime bien, comme celle de Dominique A. J’ai essayé d’écrire des choses très pures et qui venaient vraiment de moi. Je suis assez fière de cette écriture-là, de ce que pourrait être mon écriture en tant qu’auteur. Je voulais le faire depuis longtemps mais en général je n’avais pas le temps… J’écrivais des chansons pop, ce n’est pas que le texte n’est pas important mais le refrain doit rester cashy… Là, je suis d’abord partie du texte puis j’ai fait les mélodies ensuite. Ce n’était pas la même façon de procéder.
C’est un travail qui m’a beaucoup apporté, j’ai hâte de m’y remettre.

Tu as pris le temps finalement…

Oui j’ai pris le temps et je ne me suis pas dit qu’il fallait que ça plaise aux gens, que ce soit accessible ou gai. Je me suis aperçue qu’écrire des chansons tristes m’apaisait. Ce n’est pas parce qu’on chante des chansons gaies qu’on l’est, au contraire ! Il y a un coté où il faut assumer ses tristesses ; après, on se sent plus fort, plus léger et plus heureux.

J’ai beaucoup aimé Lèvres Rubis et je voulais te faire parler un peu de Pristine

J’ai écrit cela après les attentats. J’ai été, comme tout le monde, en choc pendant des semaines. Cela me paraissait absurde d’avoir peur, mais aussi de ne pas avoir peur, j’étais complètement perdue… Tous ces gens qui prennent le métro… ils sont fous et en même temps, c’est ça qui faut faire, on n’a pas le choix ! Avoir peur des attentats, c’est comme avoir peur d’avoir un cancer. Il faut continuer, il faut vivre quoi !
Cette chanson est un peu différente des autres, elle est vraiment inspirée d’événements qui m’ont touchés… C’est un message qui dit merde, ca m’a fait réfléchir, on ne va pas vivre dans la peur, on est tous sous le même ciel, on est là, on n’a pas le choix.

Quels sont tes remèdes dans les moments down ?

Ça ne dure pas longtemps chez moi. J’en profite un peu… C’est pas souvent donc je fais la gueule et je ne fais aucun effort. Les gens sont surpris en général. Je me lâche parce que je sais que c’est temporaire. C’est une façon d’extérioriser, je laisse tout sortir.

Je voulais te parler de Nouvelle Vague, un nouvel album est sorti début Novembre, presque en même temps que le tien…

Oui, j’ai tout en même temps, et un livre disque pour enfants que j’ai écrit avec Olivier Libaux qui est sorti chez Acte Sud. Pendant un an, je me suis cloîtrée chez moi donc je ne suis pas mécontente de reprendre d’un coup. Je commençais un peu à tourner en rond…

Vous tournez beaucoup à l’étranger ? Comment est ton rythme de vie, comment le vis-tu ?

C’est beaucoup de logistique car j’ai deux enfants et un mec qui est aussi en tournée tout le temps ! On est souvent sur nos Google Agenda pour essayer de savoir comment on va faire. Mais c’est super, on est un peu tout le temps à se manquer, un peu en déséquilibre et j’aime bien ce truc-là. Rester chez moi pendant un an c’était super, ça m’a permis d’écrire, de trouver des choses mais mais ça me manquait de partir 3 jours, rencontrer des gens, vivre des trucs, manger différemment… J’adore voyager, ça serait difficile pour moi d’arrêter ! Ça me permet aussi d’être inspirée, de revenir avec des bagages plein d’autres histoires.
C’est un rythme de vie pas facile à organiser concrètement. On se croise souvent, mais honnêtement c’est pas mal pour l’équilibre perso, pas de routine du coup !

As-tu des conseils pour les gens qui voudraient se lancer dans la musique aujourd’hui ?

Il faut y aller à fond ! On est assez surpris par les choses qui marchent. Je vois souvent des groupes qui se font une montagne d’un album, ils mettent des années à le faire, et une fois qu’il est sorti, il y a une grosse déception…
Je pense qu’il faut vraiment créer tout le temps et faire plein de projets avec des gens différents. Être un peu partout. C’est super de mettre tout son effort dans un truc, mais il ne faut pas oublier qu’on ne sait pas comment les gens vont le recevoir… Je suis toujours surprise de ce que les gens me disent après coup, ce qu’ils ont retenu alors que j’ai mis tous mes efforts sur un autre truc et il y a juste un soir où j’ai fait ça et c’est ça qui les a marqué…
Il y a plein de façon de faire connaître sa musique aujourd’hui donc il faut balancer de partout et être créatif tout le temps.

Tes chansons vivent sur scène avec deux musiciens ?

Oui, on fait une petite tournée des capitales européenne. L’écriture est plus affirmée donc chanter cela est très agréable. Il y a quelque chose à défendre, ce n’est pas léger, c’est sympa.
On est trois sur scène, c’est assez frontal et minimal dans les arrangements. On essaie de rendre le son de l’album avec les contrastes, les silences et les moments plus riches en textures. On continue l’exploration qu’on a fait sur l’album avec Gaël Rakotondrabe, on essaye d’aller plus loin qu’un simple accompagnement pop.

J’ai l’impression que pour toi les collaborations sont importantes ?

C’est vrai que pour chaque album, j’ai besoin de collaborer, ça m’apporte énormément. Je suis super contente car pour l’instant, j’ai toujours collaboré exactement avec les personnes que je voulais. Quand deux artistes se rencontrent, c’est très riche donc ce serait dommage de s’en priver. J’aime bien faire ça : rester seule pendant six mois et appeler quelqu’un ensuite. La collaboration avec Gaël m’a apporté tout cet univers electro auquel je n’avais pas vraiment pensé. Je l’ai contacté parce que j’adore ce qu’il fait au piano et ses collaborations. En écoutant mes textes, il m’a dit qu’ils étaient complexes et qu’il fallait donc que la musique le soit aussi.

Pour Bye Bye Manchester tu avais des photos très léchées. Les visuels de cet album sont beaucoup plus minimalistes, c’est un vrai choix ?

Oui ! En ce moment, j’ai un petit peu du mal à essayer de fabriquer une image. Comme j’ai vraiment parlé des choses qui me touchent sans me cacher, je n’ai plus envie de mise en scène. J’ai envie de choses plus libres, plus sobres. On a fait une photo en noir et blanc sur un mur chez moi avec mon pote, c’était voulu.

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Photographe, consultante web et dénicheuse de talents. Je suis parisienne d’adoption. Je partage ici mon travail, découvertes et inspirations.

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